Cead Nua

Chapitre n°8 : La haine appelle la haine

Publié le : 2026-06-22

Effrayé, le fermier courait dans les couloirs sombres de Cead Nua, retenant d’une main son chapeau de paille qui menaçait de s’envoler à chaque marche. Il traversa la salle du trône où plusieurs habitants prenaient leur déjeuner, trop surpris pour l’arrêter. Sans ralentir, il gravit les escaliers menant aux étages supérieurs, ignorant totalement s’il avait le droit d’y accéder.

Son imposante silhouette manqua de renverser une servante dans l’étroit escalier en colimaçon. La jeune femme n’eut même pas le temps de comprendre ce qui venait de la frôler dans la pénombre.

Hors d’haleine, il atteignit enfin le dernier étage et tambourina à la porte des appartements du seigneur. Ses coups étaient faibles et tremblants, comme s’il craignait de réveiller la colère de son seigneur.

Nah ouvrit la porte, visiblement irrité d’être dérangé à l’aurore. Sa mine renfrognée accentua encore la terreur du fermier.

- M..m.. mon seigneur, c’ma vache elle est M..morte. bredouilla-t-il, la moustache frémissante. C’est l’mauvais sort, une maldiction qui la eu et j’ai peur qu’mes aut’ vache connaissent le même chminement. continua t-il en voyant que le demi-orc l’avait laisser parler sans l’interrompre.

- Bon… il soupira. Emenne moi voir ça.

Accompagné d’Edhelhand et Drakham, qu’il avait rapidement réquisitionnés, Nah suivit le fermier, Gaspard de son nom, jusqu’à son pâturage longeant la rivière, à l’extérieur des murailles.

- Dites-moi Garspard, où avez-vous mis vos autres vaches après avoir découvert le corps ? demanda Drakham.

- Mes fils les ont attacher aux barrières du pâturage, espacer les une des aut’ pour pas les exciter et quelle s’fassent mal.

Drakham fut surpris que le paysan avait aussi bien réagi. Lui qui suspectait une maladie, éloigner les vaches du corps, les attacher et les séparer était la meilleure chose à faire pour éviter une propagation. Peut-être l'avait-il fait sans savoir la justesse de ces actes, pensa-t-il.

Le fermier ouvrit la barrière et les emmena dans le fond du pâturage, proche de la rivière. Le corps de la vache était là, étalé au milieu de l’étendue d’herbe. Elle n’était pas particulièrement amochée mais son visage suintait de sang sorti de tous les orifices.

Le groupe resta en premier lieu à quelques pas pour observer dans un premier temps sans risque, Drakham distribua également des tissus humides pour se couvrir le nez et la bouche et éviter d’inhaler des toxines. Les deux mages ne déceler aucune énergie magique ou occulte, mais Edhelhand veilla à lancer quelques enchantements de vision qui confirmèrent leurs premières impressions.

- Regardez, quelque mouche vole autour de sa tête, je pense que nous pouvons nous rapprocher. fit remarquer Drakham en regardant Nah. Il va falloir que j’aille voir dans son estomac, elle a sûrement avalé un poisson.

- Hum, avançons-nous alors. dit le demi-orc hésitant, remontant son tissu sur son nez.

Il ne savait pas comment agir, étant robuste, il ne craignait ni maladie ni empoisonnement, pas trop puissant tout du moins. Il s’en remétrait totalement à la connaissance de ces compagnons, espérant qu’il ne fasse pas d’erreur.

L’elfe noir enfila ses gants, dégaina une dague qu’il avait à la ceinture et s’accroupit à côté du ventre de la vache. Il plongea sa lame d’un coup franc et trancha de long en large pour que les entailles de la bête se déversent sur le sol sans l’éclabousser.Manifestement les organes internet de la bête avaient été attaqués par un acide, l’estomac en particulier, confirmant l’hypothèse de Drakham. La bête avait bien avalé le poisson. Il ouvrit l’estomac qui contenait de la bouillie verdâtre, sans doute un amalgame d’herbe et de plantes mais peu de bile.

- Il faut chercher sur le pâturage des herbes toxiques, bien que je serai étonné de voir quelle espèce pourrait produire un tel poisson. Se demanda Drakham.

- J’ai bien vérifier l’térrain, j’pas vu l’ombre d’une d’ces saletés. D’mander à Damin il vie sur s’térrain ‘vec sa bonne famille, r’monter la rivière vous trouverai une baraque d’pêcheur. Y connaît mieux l’endroit qu’moi.

- Allons-y alors, est-il nécessaire de brûler le corps ? demanda Nah en ce tournant vers Drakham.

- Ce n’est pas d’une grande nécessité mais je pense que pour simplifier les choses je vais l’incinérer.

Il se leva, fit signe aux autres de s’écarter et tendit la main en direction du corps. Il prononça d’un ton sombre des mots de puissance, une gerbe de flamme semblable à de la lave nappa le cadavre et commença à le dévorer sans s’étendre sur le sol alentour.

Le groupe partit vers la demeure indiquée par Gaspard tandis qu’il retournait voir ses vaches, ravi qu’il ne s’agisse pas d’une maladie ni d’un mauvais sort.

Arriver à la battisse en bois, une faible odeur dérangeante de pourriture vint accueillir les trois enquêteurs. Après avoir toqué à maintes reprises à la porte, Nah perdit patience et força la serrure, ce qui ne manqua pas de désespérer Edhelhand qui aurait pu l’ouvrir avec un enchantement sans rien casser. La maison était silencieuse et à raison, toute la famille était à table morte dans les mêmes circonstance que la bête vue plus tôt. Leur visage semblait encore se tordre dans la douleur, bien que le fait qu’ils soient tous encore sur leur chaise indiquant une mort rapide. Le groupe restait silencieux face au tableau, la chose qui les touchait le plus dans leur mutisme était les jeunes enfants de bas âge qui avaient dû subir ça. Drakham rompit en premier le silence.

- Faut-il que j’inspecte leur estomac pour être certain de la cause de leurs morts ?

- Non, ce n’est pas la peine. répondit calmement le seigneur de Cead Nua.Au moins nous avons probablement la raison des empoisonnements, sortons voir la rivière.

Sur le lit de la rivière reposaient un certain nombre de cadavres de poissons morts, les mêmes présents dans le plat que la famille avait consommé. L’eau de la rivière était empoisonnée, Nah réagit ni une ni deux et envoya Drakham au château rapporter les faits. Il le missionna d’informer les habitant de ne pas boire ou faire boire son bétail l’eau de la rivière et d’aller au puits où un garde devra rationner l’eau pour ne pas épuiser les réserves. Une fois fait il repartirait avec d’autres gardes ou volontaires pour prévenir les familles en dehors des murailles et en priorité celles habitant le long de la rivière.

Quant à Nah et Edhelhand ils allaient remonter la rivière pour trouver la raison de l’empoisonnement.

 

Trois heures plus tard, et sans voir la moindre chose suspecte, ils arrivèrent au bassin naturel au pied de la montagne, source de la rivière. L’eau y était trouble, couverte d’algues, et bouillonnait étrangement en son centre.

L’eau était trouble et de nombreuses algues flottaient à la surface, mais une chose les troubla, au centre du bassin l’eau semblait bouillir. De petites bulles éclatent à la surface, libérant un fin gaz se dispersant ensuite dans l’air. Nah planta son doigt dans l’eau, il ressentit une forte acidité s’attaquant à sa peau. Si c’était un homme, il aurait crié de douleur mais sa peau résistante protégeait ses chairs avec efficacité. Il s’adressa au haut elfe.

- Aurais-tu un sort en réserve pour m’éviter de devoir nager jusqu’à là-bas ? Dit-il en pointant du doigt le centre du bassin en effervescent.

- Hum… Je dois pouvoir me débrouiller. Répondit-il en réfléchissant à une solution.

Il se pencha pour attraper un caillou, le caressa lentement avec sa main, faisant apparaître le symbole d’un œil d’or sur la pierre. Il la projeta au centre du bassin et se concentra en fermant les yeux, après quelques secondes le même symbole que la pierre apparut sur le front de Edhelhand.

- Je vois, une sorte de sac, un tissu au fond de l’eau, depuis lequel les bulles s’extirpent. dit le mage songeur. Je vais essayer de l’attirer vers nous lentement. Il prononça quelques mots magiques faisant étinceler l’œil sur son front.

- Tiens ! S'étonna-t-il, surpris. Il est retenu par quelque chose.

- Trop lourd ou quelque chose l’attache au sol ? demanda Nah tout en s’apprêtant à devoir plonger.

- Non en vérité, j’avais réussi à le traîner vers nous mais en chemin le paquet a viré sur le côté. Comme si un point d’attache était vers le nord du bassin, à notre hauteur. Va jeter un œil si tu trouves quelque chose, je dois rester ici pour garder le contact.

Nah alla sur place et étudia minutieusement le sol dans la zone que lui avait indiquée son ami et trouva une très fine corde aux couleurs de roche tendue en l’air à quelques centimètres du sol, plongeant dans le bassin. Il la tira vers lui et ramena le sac à la surface. Edhelhand qui avait relâché son sort le rejoignit pour découvrir ce qui se trouvait à l’intérieur. Nah ouvrit le sac et découvrit à l’intérieur des organes, le mage elfe reconnut des glandes. Un peu asséchée, elle était usée et contenait peu de poisson qui se diffusait lentement dans l’eau.

- Au vu de leurs tailles et de leur couleur, je dirai des glandes d’hydre. Au vu des dégâts qu’il a infligés, cette hypothèse me paraît être la plus probable. conjectura Edhelhand d’un ton savant.

- Alors quelqu’un nous en veut et cible Cead Nua. Grogna Nah. Il faut les retrouver et les faire payer, as-tu un moyen de savoir d’où ces glandes viennent ?

- Malheureusement non, mais peut-être en enquêtant auprès d’aventuriers, mercenaires et gardes des domaines environnants pour savoir où des hydres ont été vues et tuées. On pourra ensuite aller sur place et…

- Ça prendra trop de temps ! ragea Nah, interrompant Edhelhand. On va le faire à ma manière, plus d’enquête, place à l’action.

Le demi-orc ferma le sac et le jeta au centre du bassin. Edhelhand circonspect demanda alors quel était son plan et pourquoi agir ainsi.

- Si la personne qui a mis le sac au fond du bassin l'a attaché avec une corde, ce n’est pas pour l’empêcher de se faire emporter par le courant, mais pour le retirer de l’eau, sans doute pour cacher ses traces. Alors on va se cacher un peu plus haut sur les rochers et lui sauter dessus une fois qu’il reviendra.

- Espérons qu’il soit seul, à nous deux nous pourrions vite être submergés par le nombre. s’inquiéta Edhelhand, habitué à avoir de nombreux compagnons pour le protéger.

La nuit tombée, leurs attentes prirent enfin fin, un groupe de cinq hommes armés avança péniblement dans la pénombre en direction du bassin. Plus haut, Nah, dont les yeux perçaient la nuit, chuchota à son compagnon.

- Ils n’ont pas de torche et sont venus à pied, ils veulent vraiment être discrets. Je vais leur briser le coup sans qu’ils ne me voient. moqua Nah avec un grand sourire carnassier. Débrouille-toi pour lancer un sort de diversion. demanda-t-il à Edhelhand en se faufilant à travers les rochers pour se rapprocher de ses opposants.

Ce dernier acquiesça, ravi de rester percher sur son rocher, loin du combat à venir. Il attrapa quelques pierres et les jeta dans le bassin, les gardes se tournèrent alors vers ce dernier, “ Pourquoi user de magie quand de simples cailloux peuvent simplement faire affaire ? se dit-il.

Le guerrier demi-orc réussit à se faufiler derrière les soldats qui, surpris, avaient dégainé et regardaient avec grande attention le basin. Dans le dos de l’homme le plus éloigné, il surgit, attrapa la mâchoire du soldat l’empêchant de hurler et d’un coup net et brutal, brisa de la pomme de sa main la nuque du condamné.

Il s’élança vers une seconde personne avant que le corps du premier ne tombe et ne révèle son existence aux autres soldats. Il put atteindre sa cible à temps et l’exécuta cette fois sans discrétion. Le hurlement de douleur fit virevolter les trois adversaires restants qui découvrirent la masse noire sanguinaire de deux mètres qui avait en quelques secondes tué deux de leurs compagnons.

Sous l’impulsion de ce qui semblait être le chef de la troupe, ils se regroupèrent côte à côte pour faire face à leurs assaillants.

Edhelhand de son côté avait eu tout le temps de lancer discrètement un sort de vision nocturne sur soi-même. L’enchanteur profita de ne pas être dans le champ de vision de ses adversaires pour sortir de sa cachette et lancer un sort qu’il savait décisif dans le combat. Il était à une trop grande distance pour lancer un puissant sortilège dont il avait la connaissance, il se porta pour un plus simple mais qu’il maîtrisait à la perfection, enchanter le vent. Il perdit quelques mots empruntés de son mana qui se dispersèrent dans l’espace ambiant, qui d’un coup d’un seul se précipita vers les soldats sous la forme d’une légère bourrasque.

Cette dernière était à peine suffisante pour les déstabiliser. Mais coupler au fait qu’il ne voyait que les formes simples de leur adversaire cachées par la nuit, leur défense fut totalement anéantie.

Nah dont le poids bien plus élevé ne sentit qu’une simple brise rafraîchissante. Il vit les soldats perdre leurs gardes et profita pour en finir d’un seul coup décisif. À quatre mètres de distance, ils ne s’attendaient pas à encaisser une attaque directe. Du bout de son hachoir, Nah trouva l’allonge nécessaire pour décapiter un à un ses ennemis. Il changea du moins la position de sa lame pour la dernière tête, la frappant de son plat, l’assommant dans un coup, le projetant au sol dans une grande violence.

 

De retour à la forteresse, le prisonnier fut jeté dans les geôles de la prison de Cead Nua. En plus de la famille de pêcheurs, d'autres maisons sur le lit de la rivière avaient subi le même drame. Nah attrapa le prisonnier encore comateux, l’attacha sur une chaise et lui versa un seau d’eau glacée sur le crâne pour le réveiller. L’homme revint à lui, observa la pièce humide éclairée d’une simple torche avec en son sein le demi-orc sanguinaire qui avait décimé son escouade. Attaché comme il était, l’homme comprit très vite ce qu’il allait lui arriver et prit les devants en espérant échapper à son funeste destin.

- Pas la peine de me torturer, je dirai tout. lâcha-t-il avec une forte respiration.

- Je veux le nom de la personne qui a commandité cette attaque. il se retourna et regarda l’armure et les armes dépouillées sur le prisonnier. Au vu de vos équipements, vous n’êtes pas des brigands mais des soldats d’un seigneur.

- En effet, c’est un de vos confrères et je vous dévoilerai son nom si vous jurez sur le Dieu unique que vous me libérerez.

- Je le jure. Affirmât-il d’un ton solennel.

- Le seigneur des Quatre chemins, le baron Arthur, c’est lui qui a empoisonné votre rivière, je fais partie de ses gardes et mes amis que vous avez massacrés l’étaient tout autant. Crashât-il énervé de repenser à ce qui s’était passé plus tôt. Depuis des mois, il ne supporte pas de voir Cead Nua entre les sales pâtes d’un orc.

- Quatre chemins ? Mais vous êtes nos voisins, la rivière passe même sur votre territoire ! s’exclama Nah, surpris.

- Le poison n’est pas suffisamment puissant pour nous toucher. Je vous ai dit qui était le commanditaire, libérez-moi maintenant.

- Très bien, je n’ai qu’une parole.

Il le détacha et l’emmena dans les escaliers en le tenant fortement. Ils sortirent du donjon et firent face aux citoyens de Cead Nua, tous réunis là. Nah poussa l’ancien prisonnier, l’incitant à partir, pendant que les villageois créèrent un corridor humain.Hésitant et apeuré par la foule le regardant avec pour certains beaucoup de haine, mais il était enfin libre et entrepris sa marche pour quitter Cead Nua. Parcourant alors timidement le chemin tracé par les villageois, l’homme aperçut les plus hargneux parmi eux s’armer de pierres. Comprenant vite avec effroi ce qui allait lui arriver, il voulut accélérer pour partir d’ici au plus vite mais il fut trop lent. La première pierre lui fracassa le nez, la suivante lui brisa les dents. Il tenta de protéger sa tête de ses bras, mais les projectiles pleuvaient désormais de tous côtés. Il ressentit la colère et la haine à travers les différences de puissance et de lieux d’impact des rochers.Certaines étaient douloureuses mais lancées avec retenue ne lui infligeant que de la douleur et pas de réelle blessure, mais d’autres étaient assassines, brisant ses os et couvrant son corps d’entaille profonde.Pas tous ne lancèrent de pierres sur l’homme qui avait empoisonné leur eau, mais aucun ne détournèrent le regard. Gravant dans leur mémoire la vue du lyncher ralentissant au fur et à mesure que son corps se couvrait de son sang. L’homme, condamné par la foule, finit par s’écouler et mourir dans le silence, les villageois se dispersèrent sans exultation, sans discussions, retournant à leurs vies eux qui avaient la chance d’en avoir encore une.

Nah s’approcha du corps avec le capitaine de la garde.

- Voilà le prix de ta liberté. prononça Nah, regardant passivement le cadavre du lyncher.

- Que désirez-vous que nous fassions du corps, mon seigneur ? demanda formellement l'arachnide.

- Mets-le dans une cage que tu pendras devant la façade extérieure de la muraille avec un panneau indiquant son crime.

- Ne risquons-nous pas des problèmes à afficher un garde d’un autre seigneur mort sans jugement officiel ? questionna-t-il. Arthur pourrait en profiter pour nous le reprocher, et un juge lui donnera raison.

- Ne t’inquiète pas pour Arthur, je vais m’en occuper. crasha-t-il avec amertume. Réunie Khézia, Drakham et Hedelhand dans mon bureau. ordonna-t-il simplement en rentrant dans le château.

Tous les quatre étaient assis silencieux autour d’un bureau en bois, la trésorière et le mage-lame avaient deviné la raison de cette réunion au sommet en urgence, contrairement à l’enchanteur qui parla en premier.

- Je ne suis pas sûr de bien comprendre la ou les raisons de cette réunion, et j’ai peur d’être le seul dans le doute de l’ignorance. dit-il en regardant ces compagnons aux airs sérieux et graves.

- Je vais m’introduire dans le domaine des Quatre chemins et y commettre de nombreux crimes, bien que je n’en connaisse pas toute l’étendue. Jusqu’à quel point veux-tu que je porte ta vengeance Nah ?

- Tu t'infiltreras dans la demeure du baron Arthur, tu le tueras, lui et tout membre de sa famille ayant autorité à le succéder.

Hedelhand se dressa et protesta.

- Vous n’irez tout de même pas jusqu’à commanditer l’assassinat de sa descendance ? Les fils et filles de cet homme n’ont rien à voir dans votre conflit. protesta-t-il d’une voix tressaillante.

- Ce n’est pas un simple conflit ! gronia Nah, renvoyant l’archimage au fond de son fauteuil. Je jouerai dans les règles que cette imbécile a fixées. Aucune manifestement ! Ce noble se croit au-dessus de la morale, et bien il en paiera les conséquences.

Il prit une minute pour se calmer, tout le monde accueillit dans un silence pesant. Une fois la tête froide, Nah commença à distribuer des instructions.

- Il ne devait pas s’attendre à ce qu’on débusque ces hommes et il ne le saura que dans deux jours. Vu leur méthode on peut espérer qu’il soit lent à prendre une décision nous laissant au total une semaine avant qu’il ne contacte les autorités du roi ou d’autres nobles rendant ces événements publics. Nous l’exécuterons dans ce délai, étouffant dans l’œuf toute future représailles et laissant ces incidents dans le silence et l’oubli.Vous avez six jours pour préparer l’assassina, rassembler toutes les potions, enchantements ou artefacts qui permettront à Khézia de ne pas être découverte et surtout de ne laisser aucune trace. Je veux que personne ne puisse relier les événements à venir à nous et à Cead Nua, en aucun cas. Dès ce soir, vous délèguerez toutes vos autres tâches pour vous consacrer pleinement à cette affaire et nous nous réunirons ici au même horaire dans six jours.

 

***

 

De retour au sommet du donjon de Cead Nua, dans le bureau des appartements de Nah, les quatre amis se retrouvèrent dans le secret de la nuit. Hedelhand et Drakham avaient préparé un paquetage de potion et de parchemin qu’ils confièrent à Khézia, accompagné d’avertissements et de préconisations sur l’utilisation de leur contenu.Nah lui fournit les plans qu’il avait pu récolter sur la ville où demeure Arthur et les informations qu’Elion avait glanées en espionnant l’endroit. En sortant de cette réunion, l’archimage rattrapa dans les couloirs froids la voleuse qui ce soir s’apprêtait à devenir une assassine impassible au service de la vengeance et de la justice de son seigneur.

- Comment peux-tu partir accomplir ta tâche sans rechigner ? lui demanda-t-il en la plaquant contre le mur violemment. Je ne t’ai pas entendue protester lorsque ton dirigeant, ton ami t'a ordonné de tuer un enfant innocent. Je vous pensais proche mais peut-être cette besogne ne t’est pas habituelle ?

Khézia, qui l'avait laissé faire, était tout à fait calme, l’air triste mais dévouée à la tâche qu’on lui avait assignée. Et comment c’était résolu à accomplir.

- Justement je ne le connais que trop bien, n’oublie pas qu’il est à moitié orc, il a la vengeance dans le sang. Au moins il a gardé la tête froide et n’a pas simplement déclaré une guerre ouverte à Arthur comme représailles.

- Je suis certain qu’avec insistance, tu pourras le faire changer d’avis. se plaignit-il en relâchant son étreinte.

- Nous avons accepté qu’il nous dirige, il est notre chef, le contredire nous desservira sans doute plus. Tant qu’il restera fidèle à lui-même, je le suivrai. Arthur a condamné sa famille par ses actes, c’est lui qui devrait être la cible de ta colère.

Tous deux se regardèrent dans le silence. Hedelhand la savait décider, il était démuni et fatigué par la situation. Découragé, il baissa la tête. Khézia, qui le regardait encore, posa sa patte sur l’épaule de son ami pour le réconforter et partit chercher le reste de son équipement en traînant sa queue plus bas que terre.

 

Cachée dans les ombres de la forêt jouxtant la ville des Quatre chemins, Khézia observait avec attention la demeure du baron en contrebas. Elle avait déjà consommé quelques potions confectionnées par Drakham pour accentuer ses sens, dans le cas où Arthur avait augmenté sa sécurité. C’était le cas, du moins dans sa battisse mais pas dans la forêt, elle n’avait croisé aucune patrouille et n’en percevait aucune.

L’ancienne voleuse installa le lourd sac qu'elle transportait depuis plusieurs lieux sur le sol et déballa son contenu. Elle déposa en colonne distincte les potions et les parchemins qu’on lui avait confiés, elle devait les consommer dans un ordre bien précis. Une fois fait, elle devait couvrir la distance qui la séparait de sa cible en moins d’une minute, faisable mais les gardes pouvaient rendre la tâche plus complexe. Elle comptait tuer ses cibles le plus rapidement possible et sans douleur, mais pas pour le vil baron. Elle allait le réveiller et lui montrer où ces actes l'avaient mené avant de plonger lentement sa lame dans son cœur. Puis repartir en moins de cinq minutes, après quoi elle allait subir les contrecoups cumulés de toutes les potions.

La trésorière avait le trac mais s'efforçait de rester le plus calme possible, rassurée de voir tous les parchemins qu'elle possédait pour la sortir de situation indésirable. Un parchemin de téléportation la ramenant directement à Cead Nua avait été fabriqué par Hedelhand mais elle préférait ne pas avoir à l’utiliser, bien trop facile à tracer par un autre mage. La seule chose qui l’inquiétait en vérité était le doute qu’elle avait en elle-même, elle avait confiance en ses capacités mais sentait sa détermination vacillante. Elle n’avait aucune hâte de tuer la femme et l’enfant du baron.

Elle engloutit la première potion et les autres suivirent rapidement.

 

Cette nuit-là, Khézia devint un fantôme, elle traversa les défenses comme une ombre. Comme une brise s’introduisant dans la demeure, puis repartant aussitôt avec légèreté. Mais en laissant derrière elle la mort et la vengeance.

De retour dans la forêt, l’assassine reprit ses affaires et prit le temps d’effacer ses traces, elle n’avait pas été repérée, aucune alerte n’avait interrompu cette douce nuit.

Alors, sur le point de partir, elle sentit un tourment à l’intérieur de son corps, elle se plia en deux sur le sol. Elle remercia alors l’alchimiste qui l’avait plombée de drogues, jusqu’alors elle avait eu l’impression de n’être que l’observatrice de ces actes. Ce qu’elle avait loué au moment de tuer le jeune enfant du baron couché paisiblement dans leur lit nuptial. Mais maintenant que la douleur l’avait sortie de sa léthargie émotionnelle, elle allait subir le rejet de son corps de toutes les toxines accumulées.

Suent à grosse goutte, elle se débat contre la douleur en griffant déraisonnablement tout ce qui était à portée de pattes. Elle sentit un tourbillon dans son estomac et s’allongea contre terre et vomit par trois fois toute la bille et le reste des produits qu'elle avait consommés. Mais son corps trop bien lancé refusait de s’arrêter là, ses organes endommagés avaient causé des lésions dans son estomac qui s’était rempli de sang. Elle vomit derechef, à bout de souffle, elle sentit les tourments qu'elle subissait jusqu’au plus bas de son échine, ses poils étaient raides et prirent rapidement des teintes de gris. Son visage se creusa sous l’effort, et après avoir vidé son estomac, la douleur s’apaisa et ne laissa que quelques restes à ses articulations. Elle se hait du plus profond de son être.

← Chapitre précédent Chapitre suivant →

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !

Laisser un commentaire