Cead Nua
Chapitre n°6 : La druidesse
Publié le : 2026-06-05
Nah et Khézia avaient été appelés par un fermier inquiet d’avoir trouvé une grotte s’enfonçant dans ses champs. Effrayé d’avoir peut-être installé son champ sur un sol trop meuble, il avait voulu s’aventurer à l’intérieur pour l’examiner mais des râles et d’étrange bruit résonnant sur les parois froides et humides l’avaient fait fuir. Effrayé, il courra alors au château demander l’aide de son seigneur.
Les deux compagnons étaient venus immédiatement. Nah, enfin complètement rétabli, brûlait de pouvoir à nouveau se battre sans retenue. Khézia, elle, avait feint la simple curiosité, mais elle était surtout venue pour surveiller son ami et s’assurer qu’il ne se blesse pas à nouveau.
Le guerrier entra dans la grotte sans la moindre hésitation, suivi de près par la voleuse. Tous deux y voyaient presque aussi bien qu'en plein jour, un avantage précieux en cas de combat. Khézia parvint tout de même à convaincre Nah d’avancer prudemment et en silence, le temps de comprendre à quelle créature ils avaient affaire.
Le tunnel ne fut pas long. Il débouchait sur une vaste caverne en forme de dôme abritant un lac souterrain d’une dizaine de mètres de large. Deux éléments retinrent aussitôt leur attention : une grande stèle gravée au fond de la grotte, et d’étranges piliers de pierre brute qui jaillissaient du sol pour soutenir le plafond.
- Regarde. Murmura Khézia. Au bord de l’eau.
Plusieurs silhouettes immobiles étaient camouflées sur les rochers. L’une d’elles s’élança soudain dans un mouvement fluide, plongeant dans le lac. Ses longues mâchoires se refermèrent sur un poisson. L’alligator était bien plus distinguable une fois dans l’eau du lac.
Nah poussa un long soupir de déception.
- J’espérais quelque chose de plus… intéressant.
Il ne prit pas la peine d’attendre plus longtemps et se jeta sur les reptiles qu’il combattit à mains nues, dans l’improbable espoir de faire durer le combat plus longtemps. Khézia ne se joignit pas à lui, l’observant de dos, elle remarqua que le guerrier était dans sa meilleure forme, bien plus qu’il ne l’était avant leur arrivée à Cead Nua. Sa peau impénétrable semblait une seconde armure sur laquelle les crocs et griffes des alligators ne laissaient que des blessures superficielles, et la force dont il faisait preuve, transperçant ces ennemis à coups de poings ne laissait de place à aucun doute. Nah n'avait jamais paru aussi redoutable.
Nah arracha la tête du dernier alligator et mit fin au carnage, couvert du sang de ses ennemis. Le demi-orc respirait dans une grande quiétude, heureux de pouvoir faire ce pour quoi il existe, se battre.
Il chercha Khézia derrière lui mais ne la trouva pas, elle était déjà au niveau de la stèle gravée, fantasmant les trésors qui pouvaient se trouver derrière. Mais elle fut vite déçue, les gravures indiquent une stèle mortuaire du dernier seigneur de Cead Nua mort d’une malédiction comme bon nombre de ses sujets et de sa famille. Nah rejoignit la voleuse au pied du cercueil de pierre.
- Alors, c’est quoi?
- C’est la sépulture de ton prédécesseur, expliqua-t-elle. Ils ont dû l’enterrer ici à cause de la « malédiction » qui a frappé le château. J’aurais nettement préféré un trésor. Se plaigna-t-elle avec un visage déçu, la queue lourdement abaissée sur le sol.
- Tu sais... si c’était un guerrier, ils l’ont sûrement enterré avec son arme.
Les yeux de Khézia brillèrent. Avec une force surprenante, elle fit glisser la lourde dalle. À l’intérieur reposait un squelette enveloppé de lambeaux d’étoffe. À ses côtés se trouvait un magnifique javelot d’argent couvert de runes. Elle s’en empara aussitôt et le fit tournoyer avec plaisir, bien qu’elle n’était soit pas habituée à utiliser ce type d’arme, elle adora manipuler le javelot qui semblait d’une légèreté incroyable.
- Je peux le garder ? demanda-t-elle en baissant les oreilles et en élargissant ses pupilles.
- En tant qu’héritier de Cead Nua, cette arme me revient. Répondit Nah un peu gêné. Mais… refermons la tombe. Nous ne sommes pas des pilleurs.
Alors qu’ils s’apprêtaient à remettre la dalle, Nah remarqua de petits trous sur les côtes du squelette. Il se souvint alors de sa discussion avec Drakham et expliqua sa théorie : une catastrophe alchimique ayant libéré un gaz toxique invisible, prise pour une malédiction par les survivants.
Ils refermèrent le cercueil et ressortirent annoncer au fermier que son champ n’était pas menacé. Seuls quelques travaux de consolidation des piliers seraient nécessaires.
Edhelhand rentra enfin à Cead Nua après plusieurs jours de voyage, le sourire aux lèvres et accompagné d’une invitée de marque. À ses côtés marchait une elfe des bois d’une grande beauté, vêtue d’une robe verte aux motifs de branches et de feuilles entrelacées. Elle avançait avec grâce, un long bâton surmonté d’une tête d’aigle à la main. La druidesse se nommait Laedya Vassandoral. Vieille amie d’Edhelhand, elle lui devait une faveur depuis qu’il l’avait aidée à fuir des villageois l’ayant accusée de sorcellerie.
Le haut-elfe espérait que ses connaissances druidiques permettraient de résoudre rapidement le problème du vieux puits. Laedya confirma qu’elle pouvait le faire, et en une seule journée. Elle précisa cependant que la solution aurait besoin d’un entretien régulier, car la magie végétale qu’elle comptait employer était puissante, mais fragile sans soins constants.
Il vanta alors les talents de Marwen, affirmant que le druide des bois serait parfaitement capable de s’occuper de cette nouvelle création.
Au pied du puits, Laedya planta plusieurs graines rares et commença à canaliser son énergie. Les racines se mirent à pousser à une vitesse prodigieuse, guidées par sa volonté à travers la terre. La manœuvre exigeait une concentration extrême et une quantité importante de mana. Edhelhand resta à proximité, silencieux, prêt à lui prêter son propre pouvoir si nécessaire. Il ne pouvait s’empêcher d’admirer la concentration sur le visage de son amie, et les petites fleurs sauvages qui ornaient ses cheveux châtains.
Plusieurs heures plus tard, le rituel prit fin. Là où se trouvait autrefois un puits banal se dressait désormais un magnifique bassin d’écorce vivante, fleuri et rempli d’une eau d’un bleu pur et cristallin.
Épuisée, Laedya but directement au bassin avant de remarquer qu’Edhelhand gravait avec soin d’étranges symboles sur l’écorce.
- Qu’est-ce que tu fais ? Demanda-t-elle, curieuse.
- Il s'agit de runes de forgemagie, une discipline fort ancienne que peu d'érudits maîtrisent encore. Une magie cousine à l’ensorcellement mais plus rare car moins facile à maîtriser, mais avec des résultats bien différents. Un ami nain m'a instruit quelques signes et la méthode calligraphique de création des runes.
- Différents résultats, c’est-à-dire ? Tu ne pourrais pas faire un enchantement de la même teneur que ces runes ?
- En soi, je pourrai tout à fait créer un enchantement similaire mais la puissance et l’efficacité de celui-ci vont décliner dans le temps, en plus d’être de courte durée. Alors que ces runes me demanderont plusieurs heures de travail et des compétences d’artisan, plutôt cocasse pour un lanceur de sort comme moi, mais en contrepartie vont être d’une longue durée et ne déclineront jamais en puissance.
Les deux mages continuèrent à discuter paisiblement au bord de la nouvelle fontaine, l’un calligraphiant les runes, l’autre l’observant avec intérêt.
Non loin de là, un groupe d’hommes exténués rentrait enfin chez eux après plus de dix jours de marche. Sans les lourds barils, le voyage du retour avait été plus rapide, mais Drakham, Marwen et Brand ne rêvaient plus que d’un repos bien mérité. Leur tranquillité fut de courte durée.
Khézia, informée de leur arrivée presque immédiatement, se dirigea droit vers la salle du trône où ils s’étaient installés pour manger.
- Vous voilà enfin. Lança-t-elle d’un ton sec en regardant Drakham. Comment s’est passée la transaction ?
- Je suis heureux de constater que mes efforts ont porté leurs fruits. Il jeta la bourse qui détenait les trente pièces d’or de la vente. Sans cette initiative, Cead Nua n'aurait probablement jamais trouvé un débouché aussi rentable. Je daigne espérer qu’elle me sera redevable, ainsi qu’à mes compagnons. Dit-il d’un plaisir narquois.
- Mais bien sûr. Répondit-elle d’un sourire insolant.
Elle prit la bourse, l’ouvrit et distribua une pièce d’or à chacun, ce qui ne manqua pas d’étonner Brand et Marwen étant donnée la valeur de ce cadeau.
- En récompense de vos efforts, voici ce que vous rend Cead Nua. La route commerciale étant installée, les prochaines ventes se feront par des mercenaires pour que vous ne quittiez pas trop longtemps la forteresse.
- Qui se chargera de sélectionner et former ces mercenaires ? Demanda Drakham, soudain méfiant.
- Je vais en informer notre seigneur. Il prendra la décision finale.
- Drakham s’est très bien débrouillé, il saura réitérer l’affaire. Prononça Brand, acquiescé par Marwen.
- Nah en prendra évidemment compte, mais c’est à lui de prendre la décision. Rien ne vous empêche de lui en faire la demande. Au fait Marwen, tu devrais aller voir le nouveau puits dans le jardin. J’espère qu’il t’aidera dans tes cultures.
Sur ces mots, elle tourna les talons, la queue fouettant l’air, et partit mettre les pièces en sécurité.
***
À plusieurs lieues de Cead Nua, dans la ville des Quatre Chemins, le seigneur local rentrait chez lui furieux après le rapport de l’un de ses espions.
- Imposible ! Impossible ! Ma famille sera traînée dans la boue encore combien de temps, je ne supporte plus cette disgrâce, c’est une horreur !
Arthur jeta son mentaux au sol et fit signe à son serviteur d’aller le laver. Il ouvrit précipitamment une armoire en acajou d’un autre temps, extirpa rapidement une bouteille et se servit en tremblant un verre tachant le vieux bois déjà bien marqué.
- Chéri, calme-toi, tu vas faire peur à ton fils. Murmura Cunégonde.
Elle caressait tendrement la tête du bébé allongé sur un confortable canapé en cuir.Arthur baissa d’un ton, s’agenouilla près de sa femme et embrassa son fils avant de relever la tête, les yeux brûlants.
- Pardonne-moi, ma douce… Mais c’est trop. Un demi-orc. Un sale demi-orc est assis sur le trône de mes ancêtres, avec la bénédiction du roi en plus ! Cette vermine insulte toute ma lignée !
Cunégonde le regarda avec tristesse.
- Tout va bien pourtant. Les récoltes sont abondantes, nos relations avec nos voisins se sont améliorées… Pourquoi cette obsession ?
- Parce que Cead Nua nous appartient ! S’emporta-t-il. Toute mon enfance, mon père m’en a parlé. Toute son enfance, son père lui en avait parlé. On m’a élevé avec ce rêve. Aujourd’hui, je ne veux plus rêver : je veux agir. Il est temps de reprendre ce qui nous revient de droit !
Cunégonde soupira, résignée. Elle connaissait trop bien cette détermination farouche qui animait les hommes de cette famille…
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !
Laisser un commentaire