Cead Nua

Chapitre n°2 : La Capitale

Publié le : 2026-04-14

Drakham se posa sur le renfort de ce qui était anciennement une fenêtre de la salle du trône. Il rongeait distraitement une cuisse de lapin tout en observant le jardin au loin dans lequel l’ent reposer paisiblement.

- Je le brûle à distance, dit-il simplement. Et c’est réglé.

Le silence qui suivit fut brisé par un souffle tremblant.

- Mais vous êtes complètement fou !

Marwen s’était avancé, les mains crispées, les yeux brillants d’angoisse.

- Mes plantations… vous allez tout détruire ! Le seigneur Nah m’a promis que je pourrais les garder !

Drakham haussa légèrement un sourcil, surpris par cette réaction.

- Je l’ignorais.

Il jeta un regard vers le jardin.

- Mais cultiver quoi que ce soit au pied d’un ent… c’est de la folie.

- Non ! protesta Marwen. L’ent protège tout ici. La terre, les plantes… tout pousse plus vite à ses côtés.

Sa voix trembla.
- Et moi avec ma peau d’écorce et mes cheveux de feuilles… il me considère comme un des siens.

Edhelhand entra dans la discussion pour essayer d’apaiser la discorde qu’avait maladroitement allumée Drakham.

- Il est malgré tout impossible de coexister avec une telle créature, dit-il d’une voix posée. Pas ici.

Il tourna légèrement la tête vers Drakham.

- Mais nous pouvons adapter le plan. Je peux guider les flammes… les empêcher d’atteindre le jardin.

Marwen hésita, puis hocha lentement la tête.

- …D’accord.

Drakham se releva.

- Alors faisons comme ça.

Il posa une main sur la garde de son arme.

- Si ça ne suffit pas… avec Brand nous le terminerons de près.

- Ravi de servir à quelque chose, j’étais inquiète de ne pas vous être d’une grande utiliter. Lança Brand de l’autre bout de la pièce qui réparer des flèches sur un établi de fortune.

- Pendant ce temps, reprit-il, Elion, Marwen… vous allez en forêt. Trouvez-moi de quoi préparer un poison.

- Pour les rats ? Demanda Elion.

- Oui. On s’occupera du nid demain.

Marwen hocha la tête.

- Le jour, ils sont moins nombreux… c’est le seul moment où on peut approcher.

- Parfait.

Drakham se tourna vers la sortie.

- Allons nous occuper de cette ent.

 

Les aventuriers descendirent les escaliers du château pour accéder à son entrée principale, une fois atteints, l’équipe sortit et se sépara. Arrivés au jardin, Drakham, Edhelhand et Brand se mirent en position. Drakham regarda ses compagnons qui lui firent signe qu’ils étaient prêts. Il observa l’ent qui ressemblait à n’importe quel arbre, puis se concentra. Il dirigea son mana dans la paume de sa main et pensa aux mots de puissance qui transforma l’énergie stockée en une boule de feu crépitante. Il prit appui et lança le projectile en direction de l’arbre, qui frappa son tronc dans une explosion de braises, réveillant l’ent en sursaut. Edhelhand fit un tour de main et murmura quelques mots qui se dispersèrent dans l’air. Le vent souffla en direction de l’arbre, remontant son tronc conduisant les flammes vers les branchages de l’ent qui essayait de s’arracher péniblement les parties enflammées. Les flammes grimpèrent le long du tronc, dévorant l’écorce noire. En quelques instants, les branches furent consumer dans un brasier rugissant, mais la créature était toujours animée et commença à arracher ses vieilles racines pour se diriger vers le lanceur de sort et lui faire payer les souffrances qu’il lui avait injustement infligées.

- À moi de jouer, j’attire son attention à droite pendant que tu lui trancheras son flanc gauche ! Cria Brand à Drahkam s’élançant, ache à la main.

Une fois au pied de l’ent, il lança un coup d'ache la tenant du bout de son manche pour ne pas devoir se rapprocher des racines qui se torpiller au sol violemment. L’attaque fit mouche et fracassa l’écorce de l’ent. Ce dernier tremblant de colère face à l’homme qui l’attaquer, forma avec ses racines un long et épais bras pour pouvoir rendre des coups. La position de Brand ne lui permit pas de retirer son arme mais son coup avait payé, l’ent n’en avait que pour le dresseur et ne vit pas l’elfe se faufiler silencieusement derrière lui. Alors que Brand esquiva de justesse un violant coup de la créature, le mage-lame se rapprocha au plus près et mit toute sa force pour frapper un grand coup à l’opposé du premier infligé quelques secondes plus tôt. Drakham eut un sourire de vainqueur, l’ent avait cessé de bouger.

- Attention reste concentrer ! Lui hurla Edhelhand qui observer de loin.

Mais à peine l’elf noir avait eu le temps de comprendre les mots qui lui avait était jeté une branche lui frappa le visage l’envoyant valdinguer a une dizaine de mètres.

- Brand, la ache ! Cria le haut elfe en lançant un enchantement dans la précipitation.

La ache qui était restée dans le tronc se retira et voltigea jusqu’à Brand, qu’il récupéra par reflex. Sans laisser le temps à l’ent de se protéger, il bondit, et tenant son arme fermement, fracassa le tronc une troisième fois, le brisant en deux. L’ent s’écroula sur lui-même. L’humain ne prit pas le temps de fêter sa victoire et courra directement auprès de Drakham qui restait allongé par terre.

- Drakham, tu m’entends ! Demanda Brand en secouant son camarade.

- Oui, imbécile, cesse de me malmener et laisse-moi respirer. Répondit-il d’une faible voix.

Par chance, il n’avait subi aucune blessure grave et lorsqu’il fut projeté, il atterrit sur une parcelle de terre sans roche. Il allait avoir des douleurs pendant le reste de la journée, mais une nuit de sommeil suffirait à guérir ses maux.

Khésia et Nah arrivèrent en vue de la capitale, magnifique ouvrage humain et fierté du pays. Cette gigantesque ville abrite au moins cent mille personnes en oubliant les marchands et visiteurs de passage. Bien que majoritairement peuplée d'hommes, la cité était cosmopolite, on pouvait y croiser bon nombre de races et de personnalités différentes. Notamment grâce à son impressionnant quartier portuaire réputé à travers le monde. La ville était composée en quatre quartiers entourant le palai du roi, toute enclavée derrière de hautes murailles. À l’est, les rues débordaient d’étals et de cris marchands qui s'ouvrait vers le pays faisant office de façade et de centre-ville. Au nord, d’immenses entrepôts s’alignaient comme des forteresses de bois et de pierre qui recevaient de nombreuses cargaisons depuis le port qui constituait le quartier ouest. Mais également des habitations modestes pour certaines personnes précaires et ouvrières, on le surnomme le quartier pauvre, pourtant source de richesse de nombreux nobles et commerçants de la ville. Et au sud, une zone d’habitation bourgeoise et un lieu de noblesse, le seul quartier qui n'était pas ouvert à tous, bien contrôlé par des gardes lourdement armés. Également l'unique quartier qui avait un accès au palais royal.

Nah cachait son visage avec une capuche et bien qu'elle ne le couvrait qu'à peine, elle le rassurait au milieu du vivier qu’était la capitale. Malgré le fait qu'une multitude de races peuple cette cité, la progéniture hybride des orcs pouvait avoir des problèmes en ville. En effet, au sud-est du pays se trouvait un territoire que des tribus d'orcs se partageaient et se disputaient. La frontière à cet endroit était une zone dangereuse et les villages alentour subissaient des attaques brutales et des pillages de tribus orcs. 

Les deux compagnons ne perdirent pas de temps à visiter le quartier des commerçants et prirent le chemin du château indiqué par un garde qui tremblait des cuisses en discutant avec le demi-orc. Khézia s’émerveillait face au nombre de vitrines présentant de nombreuses richesses, épices, pierres rares, confiseries, étoffes somptueuses, tant de bien qu’elle rêvait de voler dans son ancienne vie. Une fois arrivés aux portes du quartier sud, les gardes stoppèrent la progression des deux voyageurs refusant de les laisser passer. Nah se faisait violence pour rester patient pendant que sa compagne pourparler avec les gardes. Alors que le guerrier commençait à vouloir enfoncer la tête du soldat jusqu'à son bassin, un garde royal dans son armure d’argent rutilante intervient et prit en charge les deux visiteurs. Il était envoyé directement par le roi qui avait pris connaissance de cette affaire et souhaitait rencontrer Nah, le nouveau dirigeant de la vieille forteresse abandonnée. Ainsi, il pourrait le juger et accorder ou non sa bénédiction au seigneur de Cead Nua. Nah était surpris que le roi soit si vite au courant, avait-il installé une surveillance sur ses terres ? Ou bien des espions avaient déjà infiltré son domaine ? Il réfléchit et se ravisa, le roi était connu pour s’être entouré de puissants magiciens, alors il était plus probable qu’il eut accès à l’information par l’œuvre d’une quelconque magie.

Le garde les emmena directement à l’opulent palais royal qui dominait toute la cité. En passant par le quartier noble, Nah était impressionné par l’ampleur de ce dernier et de son organisation. Chaque lieu qu’ils traversaient était des chefs-d’œuvre d’architecture non seulement artistique mais également pratique. Les rues de grande taille et les bâtiments solides reflétaient la richesse de leur propriétaire, tous bien entretenus et ornés de décoration luxueuse. Nah regarda Khézia qui, contrairement à lui, affichait son excitation et son émerveillement sur son visage, « elle doit penser à toute les richesse qu'elle pourrait dérober si je n'étais pas là pour la surveiller. » Pensait-il en esquissant un discret sourire qu’il cacha en faisant mine de se gratter le nez.

Ils quittèrent le quartier sud pour entrer dans les jardins du palais royal, qu’ils traversèrent paisiblement en écoutant une sonate d’un musicien qui jouait pour une assemblée de nobles. Le demi-orc était surpris qu’on ne lui demande ni d’enlever son armure ni de laisser ses armes à une consigne. Là où Khézia interpréta cela comme une démonstration de force, montrant qu’ils n’avaient nullement peur d’eux-mêmes armés. Nah prit cela comme une preuve de respect et apprécia ces manières de recevoir. Ils pénétrèrent dans le palais, traversèrent le grand hall d’entrée et prirent un gigantesque escalier traversant plusieurs étages. Après de nombreuses marches escaladées, ils arrivèrent au dernier étage se situant directement sous le plafond. Il se dirigea vers une porte ornée de dorures et de cristaux. Le garde fit volte-face et s’adressa aux invités.

- Derrière ces portes se trouve la salle du trône où attend le roi Darvin, dit « le bon roi ». Seul le prétendant de Cead Nua peut rentrer, ses accompagnateurs devront attendre ici.

Nah se retourna vers Khézia, lui adressant un regard lui intimant de se tenir à carreaux, puis entra.

La première chose que remarqua Nah était la longueur de la pièce. Elle s’étendait d’un bout à l’autre du palais. La pièce était plafonnée par un magnifique vitrail plongeant l’endroit dans une lumière dorée. Il n’y avait personne d’autre dans la pièce mais elle ne paraissait pas vide pour autant, il y avait de nombreuses tapisseries qui remplissaient les murs, des lustres en or pendaient du plafond surplombant de cinq mètres le sol sur lequel était posé un tapis rouge écarlate menant jusqu’au marché de l’estrade sur lequel le trône était posé. Arriver devant lui Nah s’agenouilla, bien qu’il n’en avait pas envie, il le fit tout de même pour rendre la politesse qu’on lui avait faite en le laissant garder ses équipements. Le trône était fait de marbre qui refléter les lumières du soleil. Il se dressait jusqu’au plafond et arborait gravé sur son dossier les armoiries de la famille du roi, une épée sacrée ornée de joyaux délivrée par des anges. Bien que le trône était simple, le roi lui portait bagues et bijoux avec des habits de hautes coutures, il était jeune et avait un regard déterminé. Alors que Nah venait à lui, il n’avait pas bougé d’un cil et avait attendu qu’il s’agenouille avant de lui adresser la parole.

- Relève-toi.

Nah obéit, le roi attendit une salutation et une présentation cérémonielle de l’inviter, mais il comprit vite par le silence de ce dernier que le guerrier n’avait pas connaissance des us et coutumes du château.

- Je suis ravi que tu aies eu la présence d’esprit de venir à moi sans que je t’en donne l’ordre, cela nous fait gagner du temps sur les réclamations de succession qui ont émergé depuis la séparation de Cead Nua de la vallée d’orée et de la direction de son noble.

Nah resta silencieux.

J’ai préféré te recevoir seul pour ne pas provoquer des contestations parmi ma cour lors de cette entrevue, il est évident qu’aucun noble ou seigneur n’accepterait qu’un demi-orc rejoigne leur rang. Nombreux d’entre eux réclament la forteresse depuis que celui qui était en charge y a renoncé en vous en donnant la garde.

- Il n’avait qu'à la réclamer avant, je l’ai eue de droit ! Rétorqua Nah en se retenant de ne pas grogner.

- En effet, et d’ailleurs je vous remercie grandement pour ce que vous avez fait dans la vallée d’Orée, bien que je ne puisse le faire officiellement. Le seigneur Godric y commettait bien trop de crimes atroces et son assassinat est bénéfique pour le royaume et son peuple. Je ne vous en tiendrai nullement rigueur, ni à vous, ni au nouveau seigneur de la vallée d’Orée. Et même, en titre de remerciement officieux, je vais refuser toute demande de succession et vous confier ma bénédiction.

Nah fut surpris que le roi soit au courant du contra d’assassinat, toutes les mesures avaient été prises par le neveu de Godric en recrutant des mercenaires extérieurs au pays et Godric était officiellement mort de chagrin pendant son sommeil.

- Merci mon roi, vous ne le regretterez pas.

- Pour la première année de votre règne je ne vous ferai pas payer l’impôt, après cette dernière il faudra se plier au devoir de chaque seigneur de mon royaume, un impôt de cinq pour cent des bénéfices du domaine avec un livre de compte mis à disposition des agents du trésor royal, un recensement des biens et des habitants, et un rapport sur l’état du domaine et ses exploitations, et un second sur tes hommes prêts au combat et ton matériel militaire. Au moindre écart sur tes devoirs, je serais intransigeant sur les punitions qui te seront infligées. Tu peux disposer maintenant.

Nah fit une courbette pour saluer le roi, se retourna et partit. Une fois de retour dans le hall, il balaya la pièce du regard pour trouver Khézia, mais il ne vit pas sa compagne.

En effet, elle n'avait pas tenu longtemps sans avoir envie de fouiller un peu partout. Après avoir fouillé les meubles de décoration qui, à sa grande tristesse, étaient vides, elle aperçut une magnifique porte en bois sculpté qui menait à une aile du château. Elle l’entrouvrit et aperçut une titanesque bibliothèque, impressionnée et curieuse, elle entra sans mine de discrétion. Elle s’avança jusqu’au centre de la pièce en frottant sa queue sur les étagères. La bibliothèque était ronde et composée de différents étages superposés avec une grande ouverture au centre qui ouvrait tous les étages sur un grand espace vide où la lumière circulait librement. Même avec ces yeux de félin, elle n’arrive pas à apercevoir le dernier étage de l’édifice et ne comprenait ni comment cette bibliothèque tenait dans ce palais ni d’où venait la lumière qui illuminait comme s’il faisait jour la pièce pourtant dépourvue de fenêtre. Un frisson irisa ses poils et elle comprit que de la magie était à l’œuvre et pas n’importe quelle magie, bien qu'elle ne pouvait en concevoir toute sa puissance, ça devait être une magie des plus hauts niveaux. Il fallait qu'elle sorte immédiatement, ce genre d’endroit avait forcément des protections contre les intrusions et les voleurs. Mais à peine elle se tourna vers la porte, elle vit devant elle un vieil homme à la longue barbe et en tenue traditionnelle de magicien.

- Mes meilleures salutations, grand magicien, j’ai vu la porte grande ouverte et entendu des bruits étranges. Improvisa rapidement Khézia sous le coup de la surprise. J’ai voulu voir s'il y avait un problème ou qui sait, un danger pour le roi, il était de mon devoir de vérifier.

- Je sais exactement pourquoi tu es là.

Le mage se rapprocha d’elle sans bouger le moindre membre.

- Dans ce cas, pouvez-vous me dire si vous avez vu ou entendu quelque chose ? Un fieffer volleur a tenté de pénétrer le palais ?

- Hahaha, délicieuse malice, je comprends la raison pour laquelle Nah te tient proche de lui. Dit-il amusé comme s'il connaissait le demi-orc. Mais c’est inutile de t’enfoncer dans tes affirmations. Bien qu’on ne se soit jamais vu, je te connais très bien. Je sais tout ce qui se passe dans ce royaume, du moins sur toutes les terres que ma magie puisse sonder. Et à ce sujet-là j’ai à te parler.

Khézia se tut gênée d’avoir été découverte et l’écouta attentivement pour paraître sympathique à son interlocuteur.

- Il y a un petit village non loin de votre forteresse que je n’arrive plus à observer, étant un lieu reculé et sans importance je n’y prête pas souvent attention alors je n’ai pas plus d’information que cela. Le noble en charge de ce domaine ne semble ni s’en inquiéter ni vouloir agir pour savoir ce qui si trame et connaître l’état du village et de ces villageois. J’aimerais que Cead Nua s’en charge sur ordre du roi, je ne demande pas forcément de résoudre le problème mais au moins d’enquêter pour savoir la teneur de cette affaire.

- Nous serons ravis de vous rendre ce service et d’aider ces pauvres gens, j’imagine que cette requête royale est suivie d’un payement pour récompenser la bonne servitude ?

- Bien entendu, une fois la mission accomplie vous recevrez payement, cela va de soi.

- Je peux vous assurer que ce sera fait et je vais immédiatement en informer mon seigneur pour me préparer à intervenir.

Khézia lui fit une salutation brève et partit en trottinant.

Elle rejoignit Nah qui l’attendait dans le hall, les bras croisés et pensant. Elle fut alors surprise qu’il ne la sermonne pas mais comprit très vite qu’il devait encore penser à sa discussion avec le roi et ne pouvait pas se soucier des bêtises qu’elle pouvait commettre. Même si le roi lui avait accordé sa bénédiction et lui avait fait cadeau de l’impôt sur son domaine la première année de son mandat, il l’avait mis au défi de fonder un fief rentable et en capacité de répondre aux attentes d’un roi envers ses sujets. Elle l’informa de la quête qu’elle avait reçue du magicien et ils repartirent pour rentrer chez eux, leur pensée questionnant leur avenir.

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