Cead Nua
Chapitre n°12 : Cap au Sud !
Publié le : 2026-09-10
Une large embarcation reposait sur la Louve, la rivière qui longeait Cead Nua avant de s'enfoncer dans les terres et de rejoindre, bien plus au sud, la péninsule avant de se jeter dans l'océan.
Le navire était petit, mais chaque élément avait été pensé pour cette expédition. Deux nœuds de longueur, six tonneaux de capacité, un seul mât équipé d'une voile pouvant être rabattue horizontalement, une proue renforcée de métal et des dizaines de pagaies rangées le long du bastingage.
Ce n'était pas un navire conçu pour affronter une tempête. Mais un navire conçu pour survivre à une terre morte.
La stratégie imaginée par les dirigeants de Cead Nua reposait sur les observations de Lanowar. Les morts-vivants étaient incapables de nager correctement et les courants de la Louve suffisaient à les faire chuter et dériver. La rivière représentait donc leur meilleure chance de s'approcher de la montagne de feu sans traverser les terres noyées dans la brume et être à la merci de l’adversaire.
Les charpentiers de Drakham avaient construit l'embarcation en quelques jours, travaillant sans relâche dans les scieries et les ateliers du faubourg depuis que la véritable nature de l'ennemi avait été découverte.
Une fois arrivés au pied de la montagne, Nah et son escouade devaient retrouver Eonar et le convaincre de rejoindre Cead Nua.
Personne ne savait encore s'il accepterait.
Les dernières vérifications s'achevèrent lorsque Nah monta à bord, accompagné de Khézia. Cette dernière observa longuement l'embarcation ce qui lui rappela un lointain souvenir.
- Tu te souviens quand on avait traversé la mer des Serpents sur ce navire corsaire ?
Nah éclata de rire.
- Un navire ? Une épave, oui. On avait écopé toute la nuit.
- Je sais. J'avais vomi pendant des heures. Mes poils étaient tout crépus.
Elle grimaça au souvenir.
- Et pourtant...
Elle posa une main sur le bastingage.
- J'en garde de la nostalgie.
Nah tourna la tête vers elle.
- De quoi ?
- De cette époque. On n'avait rien. Pas de forteresse, pas de royaume, pas de responsabilités. On vagabondait simplement au gré du vent.
Nah s'approcha du mât et posa sa main dessus.
Le bois était solide, légèrement souple entre ses doigts.
- Les seuls capables d'influencer le passé sont les magiciens. Répondit-il. Nous, on doit se contenter de vivre avec.
Khézia sourit.
- Toujours aussi joyeux.
- Je fais des efforts.
Les temps dur affecter la trésorière du château qui aimer être rassurer par son compagnon de toujours.
- Qui veux tu envoyer dans cette expédition ?
- Toi. Moi. Lanowar pour guide. Brand. Elion et Drâkham. Une petite escouade, rapide et versatile.
Nah voulez être le plus rapide et ne pas s’attarder le plus possible sur les terre brumeuses.
- Dés que tu en as l’occasion tu sort Drâkham de la forteresse. Remarqua t-elle.
- Il ne doit pas être a Cead Nua quand je n’y suis pas.
- La guilde possède une bonne partie de la ville et est implanter tout le long des chaîne de production. Tu vas devoirs faire quelque chose sinon la population rendra lui rendra des comptes et pas à toi-même.
- Oui, je réfléchie a une solution. Répondit-il avec un air sérieux.
Un charpentier leur fit signe depuis le quai.
- Seigneur ! Tout a été inspecté. Le bateau peut prendre le large !
Nah hocha la tête.
- Bien.
Il se tourna vers Khézia.
- Va chercher les autres. Nous partons.
Elle salua rapidement avant de disparaître dans les ruelles de Cead Nua. Quelques minutes plus tard, Brand, Elion, Drâkham et Lanowar montèrent à bord.
Nah prit place à l'avant. Le vent souffla et gonfla la voile.
La Louve emporta lentement le petit navire vers les terres brumeuses. Derrière eux, Cead Nua disparut progressivement derrière les murailles. Devant eux, la brume attendait.
Ils passèrent sous la voûte de la grande muraille blanche, qui laissait la Louve traverser la forteresse avant de se refermer derrière eux.
Le changement fut immédiat. À peine eurent-ils franchi les dernières fortifications que l'air se refroidit.
Un vent glacial descendait des montagnes et balayait la rivière. De longues nappes de brume rampaient au-dessus de l'eau, se déplaçant lentement au gré des courants d'air.
Elion resserra son manteau.
- Brrr... Qu'est-ce qu'il fait froid.
Brand lui adressa un sourire.
- Tu t'es un peu trop habitué au climat de Cead Nua. Il était temps que tu sortes.
- J'aurais dû demander à mes employés d'installer des braseros sur le bateau. Bougonna l’elfe noir en ce frotant les bras.
Nah le regarda.
- Et révéler notre position à tout ce qui pourrait nous observer ?
Drâkham soupira.
- Je savais que quelqu'un finirait par gâcher mon confort.
Le demi-orc ce retourna vers Khézia.
- Monte sur le mat, tu sera notre vigie.
- Oui mon capitaine !
Elle fit quelque pas en arrière, sortie ses griffes et s’élança sur le mât. Arrivée en haut, elle s'installa sur la traverse qui soutenait la voile. De là, elle dominait la rivière et pouvait observer les deux rives.
Lanowar tenait la barre, ses yeux d’elfe ne quittaient pas la brume.
- Il serait préférable de garder le silence, indiqua-t-il. Plus nous avançons, moins nous devons attirer l'attention.
Nah acquiesça.
- Bonne idée. À partir de maintenant, je ne veux plus entendre un mot.
Drâkham leva un doigt.
- Même si je...
- Pas un mot.
L'elfe noir baissa lentement la main.
Les heures suivantes furent longues, le vent changeait sans cesse de direction, rendant la navigation difficile. Par moments, Lanowar devait lutter contre le courant tandis que les autres prenaient les pagaies pour maintenir le cap.
Chacun savait ce qui les attendait au bout de la rivière.
Le bateau ralentit et Lanowar leva une main.
- Nous arrivons.
Il jeta l'ancre. Tous regardèrent autour d'eux. Rien. Pas un cri. Pas un mouvement. Pas même le moindre bruissement dans la végétation.
Khézia scruta la brume depuis son perchoir.
- Rien à signaler.
Nah expira doucement.
- Tant mieux.
Devant eux, au travers d'un épais rideau de brouillard, une faible lueur orange apparaissait. Elle vacillait dans le lointain. Comme une flamme au milieu d'un monde mort.
Nah se redressa.
- Khézia, tu restes ici.
- Compris !
- Si quelque chose approche, tu nous préviens immédiatement.
Elle hocha la tête.
Le reste du groupe descendit dans la rivière. L'eau leur monta jusqu'aux hanches. Le froid les mordit immédiatement.
Une fois sur la berge, Drâkham lança un sort qui sécha leurs vêtements. Lanowar fut le seul à ne pas en avoir besoin, l'eau glissait sur ses acoutrement elfique sans laisser la moindre trace.
Brand regarda ses vêtements secs et sourit.
- Merci. Je commençais à ne plus sentir mon entrejambes.
Elion ricana.
- Tu l’utilises pourtant beaucoup ces derniers temps.
Brand se retourna.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- La fille du boulanger.
Le dresseur devint rouge.
Drâkham éclata de rire.
- Si tu le souhaites, je peux te confectionner une potion de fertilité. En cas de fatigue...
- Tu rigoles ? J'ai la vigueur d'un tigre !
Lanowar soupira, dissimulant tant bien que mal un rictus incontrôlé.
- Et moi la patience d'un saint. Maintenant, avancez.
Nah n'avait pas participé à la conversation, son regard était fixé sur la lueur.
- Il a raison.
Il se retourna vers ses compagnon.
- Allons-y.
Ils avancèrent lentement dans ce qui était auparavant une forêt champêtre, aujourd’hui transformée en un marécage inhospitalier.
Chaque pas s'enfonçait dans la boue et la brume réduisait leur visibilité à quelques mètres seulement.
Lanowar ouvrait la marche, à une dizaine de pas du reste du groupe. Sa silhouette sombre disparaissait parfois presque entièrement dans le brouillard avant de réapparaître quelques secondes plus tard.
Nah fermait la marche, avançant à reculons pour surveiller leurs arrières. Le silence était oppressant. Pas une âme. Pas un animal. Pas même un mort.
Puis la lueur apparut de nouveau. Cette fois, elle était plus forte.
Les flammes dansaient derrière la brume, projetant des reflets orange sur les nappes blanchâtres qui les entouraient.
À mesure qu'ils approchaient, la chaleur augmentait. Le brouillard reculait devant eux, comme s'il refusait d'approcher davantage.
Ils finirent par apercevoir la montagne, son sommet était entièrement dégagé. Elle ressemblait à une île perdue au milieu d'un océan blanc laiteux. Sur ses hauteur throner un village cyclopéen. Des centaines de maisons avaient été construites à flanc de montagne. Des feux brûlaient sur les pics rocheux, éclairant les silhouettes des survivants qui se déplaçaient entre les habitations.
Lanowar s'arrêta devant un immense mur de flammes. Nah arriva à sa hauteur, il observa le brasier.
- Et maintenant ?
Lanowar haussa les épaules.
- On traverse.
Il fit un pas, puis un second. Et entra dans les flammes. Nah resta figé. Les flammes entourèrent l'elfe noir sans brûler ses vêtements ni calciner sa chair.
Drâkham ouvrit de grands yeux.
- Par le dieux malicieux...
Il s'approcha.
- C'est une illusion ?
- Non.
Lanowar se retourna.
- Elles sont parfaitement réelles.
Nah posa une main dans le feu.
Une chaleur douce envahit son bras. Aucune douleur. Il avança à son tour.
Les flammes léchèrent sa peau, les anciennes griffures qui couvraient ses avant-bras commencèrent à disparaître sous leurs caresses.
Alors qu’il traversait à son tour, Brand observa ses mains. Les cornes qui recouvraient ses paumes de main se résorber lentement, leur offrant une nouvelle vigueur.
Drâkham, lui, était fasciné.
- Je n'ai jamais vu une magie pareille.
Il tendit la main vers une flamme, elle s'enroula autour de ses doigts.
- Elles ne détruisent pas, elles choisissent ce qu'elles brûlent.
En tant que manieur de feu, le mage-lame ne put réfréner le désir de les dompter.
Lanowar poursuivit son ascension et le groupe le suivit.
À mesure qu'ils approchaient du village, ils découvrirent des centaines de survivants. Hommes. Femmes. Enfants. Des familles entières. Tous portaient les marques de ceux qui avaient échappé de peu à la mort. Mais leurs regards n'étaient pas éteints. Au contraire. Une étrange lueur brillait dans leurs yeux.
L'espoir.
Un jeune homme finit par s'approcher, il regarda Nah, puis les autres.
- Qui êtes-vous ? Vous n'êtes pas des réfugiés.
- Non.
- Alors qui êtes-vous ?
Nah resta silencieux. La question semblait presque étrange et fesait échpo dans son esprit.
- Nah.
Il marqua une pause.
- Roi de Cead Nua.
L'homme resta bouche bée.
- Roi de quoi ?
Nah pointa du doigt l'horizon.
- Des terres de la Vallée d’Orée au Péninsule du Sud. En passant par ici, et là-bas.
Son doigt était dressé en direction de ce qui fut-était Fier-la-Garde, maintenant des ruines indicibles, noyées dans un brouillard épais, sur un haut plateau qui défigurait le paysage de son incohérente présence.
Il reporta son attention sur le jeune homme.
- Ces créatures occupent mes terres. Elles tuent mon peuple. Elles corrompent les morts pour les retourner contre les vivants.
Sa voix se durcit.
- Je cherche des hommes capables de les combattre à mes côtés.
Le jeune homme secoua la tête.
- Ici, il n'y a que des réfugiés.
Il désigna le village.
- Des gens qui ont fui.
Nah le fixa.
- Mais toi, tu es Eonar.
Le jeune homme resta immobile.
- Comment connaissez-vous mon nom ?
- Je connais aussi la magie qui protège cet endroit.
Nah désigna les flammes.
- Tu la maîtrises. Enseigne-la à mes hommes.
Eonar baissa les yeux.
- Ce n'est pas aussi simple.
- Je peux évacuer tout le monde ici.
Eonar releva la tête.
- Ce n'est pas pour eux que j'hésite.
Il regarda les survivants.
- Ils sauront vivre sans moi. Cette montagne les protège.
Il regarda ensuite Nah.
- Mais pourquoi te suivrais-je ?
Nah ne répondit pas immédiatement. Il aurait pu parler de son royaume.
De son armée. De ses richesses. De ses ennemis. Mais aucune de ces réponses ne lui semblait suffisante.
- Parce que j'ai besoin de toi.
Eonar observa longuement le demi-orc. Nah remarqua alors le collier du Dieu Unique autour de son cou.
- Que te dit ta foi ?
Eonar baissa les yeux vers le pendentif. Un long silence ce fit entendre.
- Qu'il existe encore quelqu'un qui cherche à combattre le mal qui a pris Fier-la-Garde.
Il releva les yeux.
- Et pour la première fois depuis longtemps, je crois que cette personne se tient devant moi.
Nah hocha la tête.
- Alors viens.
Eonar regarda une dernière fois le village.
- D'accord !
Eonar rejoignit Nah.
- Allons-y.
Ils redescendirent la montagne.
Ils avaient presque atteint la rivière lorsque le silence changea. Un merle noir siffla dans les arbres, Brand leva immédiatement la tête.
- Étrange.
Nah s'arrêta.
- Quoi ?
- Il n'y a pas de merles dans cette région.
Un second sifflement retentit et Nah comprit.
- Khézia.
Il se mit à courir.
- C'est un signal !
Les autres le suivirent tant bien que mal, glissant dans la boue et trébuchant sur les racines. Lorsqu'ils aperçurent enfin la rivière, Nah ralentit.
Quelque chose bougeait sur l'autre rive. Puis dans l'eau. Puis derrière eux.
Des silhouettes émergèrent lentement de la brume. Des dizaines. Puis des centaines. Des morts-vivants.
Ils s'agglutinaient autour de la rivière, encerclant l'embarcation.
Khézia était toujours perchée sur le mât et leur faisait signe frénétiquement.
- Dépêchez-vous !
Eonar observa la masse de cadavres, il ne semblait pas inquiet.
- On charge ?
Drâkham sourit.
- Tu vas enfin pouvoir nous montrer ce que tu sais faire.
Nah dégaina son arme.
- Tous les deux, ouvrez-nous un passage.
Il désigna la rivière.
- Ensuite on prend le relais.
Eonar et Drâkham échangèrent un regard et avancèrent.
- Maintenant !
Les deux mages levèrent les mains. Le feu jaillit. Celui de Drâkham explosa en une immense bourrasque rouge qui traversa les premières lignes de morts. La chair se détacha des os, les membres s'embrasèrent et les cadavres s'effondrèrent les uns après les autres.
Mais les flammes d'Eonar étaient différentes.
Elles ne semblaient pas être lancées. Elles étaient invoquées par une prière que l’homme psalmodier énergiquement. Des lignes de feu coururent sur le sol avant de remonter le long des corps ennemis.
Les morts ne brûlèrent pas, ils se désagrégèrent. Leurs os se fissurèrent. Leurs corps tombèrent en poussière.
Drâkham resta bouche bée.
- Magnifique...
- Concentre toi ! Hurla Nah.
Les flammes retombèrent et le groupe chargea. Les armes frappèrent la chair morte. Brand repoussa plusieurs cadavres à coups de bouclier pendant qu'Elion frappait derrière lui.
Mais ils étaient trop nombreux, chaque mort abattu semblait être remplacé par deux autres. La brume elle-même paraissait vomir des cadavres.
- Ils nous encerclent ! Cria Khézia depuis le bateau.
Nah regarda la rivière.
- On doit atteindre le bateau !
Eonar leva les yeux.
- Je peux ouvrir un passage.
- Fais-le.
- Ça va me coûter beaucoup de force.
Nah posa une main sur son épaule.
- Je m’occuperai de te sortir de là.
Eonar joignit ses mains. Il ferma les yeux et pria. Pas pour vaincre. Pas pour survivre. Il pria pour ceux qui combattaient à ses côtés. Puis pour les âmes des morts qui les entouraient, enfermées dans des carcasses morbides.
Quelque chose grandit en lui. Les flammes apparurent autour de ses bras et ses yeux s'illuminèrent.
Une explosion silencieuse traversa la plaine. Les morts devant lui furent pulvérisés.
Pas un seul arbre ne brûla. Pas une seule pierre ne fut déplacée. Seuls les morts furent touchés.
Nah resta une seconde immobile, puis hurla.
- À la rivière !
Ils coururent. Nah attrapa Eonar alors que le mage vacillait, il le souleva et le porta jusqu'à l'embarcation.
Khézia tendit la main.
- Donne-le-moi !
Elle tira Eonar à bord. Les autres suivirent. Elion détacha les pagaies et les lança à chacun.
Brand prit position au fond du navire.
- À mon signal !
Les morts arrivaient déjà dans l'eau.
- Poussez !
Tous frappèrent la rivière avec leurs pagaies. Le bateau bougea à peine.
- Encore !
Les cadavres se jetaient dans l'eau, certains s'accrochant au bastingage.
Drâkham en repoussa un d'un trait de feu.
- POUSSEZ !
Le navire avança enfin. Un mètre. Puis deux. Le courant les emporta et les morts pendant qu’ils prirent de la distance.
Nah resta debout à l'arrière du bateau, surveillant la brume.
Puis il aperçut quelque chose. Une silhouette, immobile au loin. Elle les regardait partir.
Le guerrier plissa les yeux.
La brume se referma et la silhouette disparut.
- Nah ?
Il se retourna.
- Rien.
Le navire continuait de remonter la Louve a coup de pagaie. Ils étaient partis à six mais par un prompt renfort ils revenaient à sept.
Et, pour la première fois depuis plusieurs jours, Cead Nua leur apparut comme un eldorado.
Comme si la lumière elle-même les attendait derrière les murailles.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !
Laisser un commentaire