Cead Nua
Chapitre n°10 : La fin de l'abondance
Publié le : 2026-07-20
La troupe de Cead Nua galopait à vive allure sur les routes pavées en direction de Fière-la-Garde. Ils voyageaient légers et rapidement, poussés par l’urgence. Quelques jours seulement les séparaient de leur objectif, la grande cité du Sud, pilier de la défense du royaume face à la menace orc.
Nah avait minutieusement choisi les personnes qui l’accompagner, avec un regret cependant, Drakham avait déjà quitté la forteresse lorsque la nouvelle était tombée. Sa magie destructrice aurait été un atout précieux, mais le hasard en avait décidé autrement.
Khézia l’accompagnait pour ses sens aiguisés et sa familiarité avec les grandes villes. Edhelhand apportait son expertise magique et ses enchantements polyvalents. Brand, quant à lui, offrait ses talents de pisteur et de soigneur.
Comme à son habitude, le demi-orc avait laissé son domaine entre des mains sûres. Elion, qui s’était parfaitement intégré à la logistique du château, en assurerait la régence.
Qu’importe ce qui attendait le groupe là-bas, ils seraient prêts à y faire face. Selon les dires de l’Archimage royal, un massacre avait eu lieu en pleine ville. Des corps démembrés avaient servi à dresser des autels impies, et le sang des victimes avait été utilisé pour tracer des pentagrammes et des runes diaboliques.
Au quatrième jour d’une chevauchée épuisante, la grande cité apparut enfin. D’imposants bâtiments de pierre s’élançaient vers le ciel comme des pics, tandis que d’immenses usines crachaient une fumée épaisse qui noyait les toits dans un brouillard de pollution. Autour de ce cœur industriel et riche s’étendait un immense faubourg misérable de cabanes et de masures.
Brand arrêta soudain sa monture et hurla comme un loup. Quelques minutes plus tard, un vieux chien boiteux sortit des fourrés.
- Ton hurlement de loup est encore à retravailler. Plaisanta Nah en voyant le cabot.
- Pas tant que ça. Un vrai loup en pleine ville aurait attiré l’attention. Dit-il en massant la patte du chien blessé alors que ce dernier le reniflait. Celui-ci doit avoir l’habitude d’aller en ville, il me suivra sans rechigner. Hein Rex ?
Le chien aboya joyeusement.
- Dans ce cas, la remettons-nous en route, j’aperçois un poste de garde plus haut sur la route, peut-être auront-ils plus d’informations pour nous. Lança Nah en s’élançant sur son cheval.
Plus loin, un capitaine de garde leur fit signe de s’arrêter à leur niveau, le décoré avait en effet reçu l’ordre d’accueillir des envoyés du roi pour les guider dans la ville. Mais à la vue du demi-orc, les gardes se crispèrent.
Ce dernier mit pied à terre pour discuter avec le capitaine qui semblait bien agacé.
- Capitaine. Salua Nah en hochant la tête. Le roi nous envoie pour traquer le mal qui attaque votre ville.
-Il vous a envoyé, vous ? Demanda-t-il gêné. C’est qu’on n’aime pas trop les orcs par ici.
Le demi-orc attrapa une large cape sombre attachée à la scelle de son cheval et l’enfila.
- Ça devrait faire l’affaire. Maintenant, parler vite, je n’ai pas de temps à perdre.
- La ville est en état d’alerte maximal, pas une rue n’est laissée sans surveillance. Il fit signe au groupe de s'approcher d’une carte de la ville placardée sur un panneau en bois. Au cours des quatre derniers jours, nous avons déjà subi deux attaques ici et là avec une dizaine de victimes sans cible particulière, et ce matin, une nouvelle attaque s'est produite ici dans une taverne du faux-bourg.
- Vous savez quoi sur les coupables ?
- Si peu, il y a forcément de la magie là-dessous, c’est un vrai fantôme. Et ici on a que des garnisons de soldats, pas de mages, j’imagine c’est pour ça que le bon roi vous a envoyé.
- Et on a déjà eu affaire à ce genre de mal. On va aller inspecter le dernier lieu de crime.
- Faites vite, la population devient hystérique et commence à accuser l’église d’avoir failli à éloigner le démon. Nos hommes gardent la foi, mais si elle vacille, Ce sont nos défenses contre ces saletés d'orcs qui pourraient en être imputées. Enfin ceux des montagnes, pas... vous…
Le capitaine se tut dans un silence gêné, ne sachant pas quoi dire.
- C’est bon, j’ai l’habitude.
Nah tournant les talons et repris la route avec ses compagnons sous les regards noirs des gardes qui parlaient dans son dos.
- On nous envoie un animal pour résoudre nos problèmes, notre roi a perdu la tête.
- Si ça ne tenait qu’à moi, je l’aurais abattue et exhibé son corps pour galvaniser les troupes, nous n’avons qu’un ennemi ici et ce sont les orcs. Tout le reste peut attendre tant qu’on n’aura pas abattu tous ses chiens.
Le faubourg était un véritable cloaque. Boue, moisissures, maisons entassées prêtes à s’effondrer. Nah gravait chaque image dans sa mémoire, bien décidé à ne jamais laisser un tel spectacle exister sur ses terres.
Un mendiant au visage creusé par la faim se jeta au pied du guerrier qui tenait son cheval en laisse et implora son aide.
- Piter mon seigneur, un sous pour l’pauvre homme que j’suis, condamné à la pauvreté pour être née ici bas dans la saleté et l’froid.
Nah le regarda longuement, puis lui tendit une dague.
- Tiens. Sors-toi de la misère par toi-même.
L’inconnu releva la tête et remarqua horrifié le visage du demi-orc. Avec un cri d’horreur, il bondit en arrière et finit assiégé sur son derrière. Nah lui jeta la dague entre ses jambes, ce qui ne manqua pas de faire sursauter le pauvre homme qui se saisit d’elle.
- Alors ! J'attends, qu'est-ce que tu es capable de faire pour te sortir de la merde dans laquelle tu patauges ! Provoqua le guerrier en écartant les bras.
Le pauvre homme ne savait pas quoi faire. Ses yeux paniqués se posèrent quelques secondes sur la bourse pleine accrochée à la ceinture de Nah, puis regardèrent la dague qu’il lui avait donnée. « Ce serait si facile de le poignarder et prendre sa bourse », pensa-t-il.
- Une pièce d’or qu’il va le tenter. Annonça Khézia à ses compagnons, rester alors en retrait pour observer la scène.
- Tenues. Il va fuir en courant, enfin je l’espère. Répondit Brand.
- Bande de mal élevés, on parle de la vie d’un pauvre homme ! Je ne parierai point sur la vie des malheureux. Bouda le haut-elfe qui n’aimait pas la tournure des événements.
Le miséreux s’élança sur Nah, le regard avide et désespéré. L’esprit focalisé sur l’or qu’il désirait tant. C’était à son tour d’enfin manger à sa faim, avoir un toit, fonder une famille, de vivre le rêve qui le hantait chaque nuit.
D’un geste habile, le guerrier retourna l’arme de son attaquant contre lui-même et le transperça au thorax. Nah retira la dague et le corps du malheureux s’écroula sans un bruit.
- Voilà où te mènent tes choix, tu ne mérites manifestement pas de te sortir de la misère.
Il reprit la route, laissant le corps là. Ce dernier n'intéressait manifestement personne, pas même les gardes un peu plus loin qui avaient assisté à la scène en rigolant.
Un attroupement de personnes retenues par des gardes de la ville entourait la taverne où le troisième crime avait été commis. Des cris, des pleurs, des rires, la foule était historique face au garde qui sécurisait le lieu du crime.Le groupe força le passage en repoussant les badauds et cognant au passage les plus réfractaires pour atteindre la taverne.
- Le roi nous envoie pour enquêter, laissez-nous passer ! Ordona Nah dans le chaos de la foule en direction des gardes devant lui.
- Vous avez une missive du duc ? Cria le garde à l’adresse du demi-orc.
- Non, c’est le roi Davin lui-même qui nous envoie, par son autorité, laisser nous passer !
- Pas de missive, pas de passage, j’ai des ordres clairs.
Edhelhand se freina péniblement en traversant un passage et sortit un papier d’une de ses larges poches qu’il présenta au garde en le regardant d’un air incertain.
- Eh bah voilà, pourquoi vous m’avez dit que vous n’avez pas de missive ? Aller, passer vite.
L’enchanteur souris, soulagé que son sort avait fonctionné. Il lui permet de présenter un papier avec écrit dessus ce que la cible veut voir, ce dernier ne marche malheureusement que sur les simples d’esprit.
Ils entraient dans le bâtiment et observaient l’horreur. Des membres et vicaires de mêmes personnes dispersés aux quatre coins de la pièce. Des intestins enroulés autour des rambardes comme des guirlandes. Autour d’une table, trois corps sans tête se fessait face, ces derniers reposant dans un bol de sang en face de chaque individu. Sur les murs étaient inscrits en lettres de sang des mots et incantations interdites convoquant les ténèbres et le mal sur ces terres.
- Quelle scène macabre, peut-être avons-nous affaire au diable lui-même. S’inquiéta le haut-elfe, qui cachait son nez des odeurs putrides derrière un mouchoir parfumé.
- Je pense que tu le sous-estimes, mais pour sûr nous avons affaire à un acte digne de ses suppôts. R’étorqua Khézia.
Au centre de la pièce, un agent de la ville gribouille des notes dans un carnet de cuir. Marmonant dans sa barbe, le vieil homme concentré sur ses notes n’avait même pas remarqué les nouveaux arrivants. Khézia s'approcha de lui.
- Bien le bonjour monsieur, vous êtes un enquêteur de la ville ?
L’agent afficha une mine boudeuse, mécontent d’avoir été dérangé dans son travail.
- Eh bien, jeune fille, que faites-vous ici ? Vous n’avez pas intérêt à laisser des poils sur ma scène de crime, pas temps que j’aurai tout passé en revue. Répondit-il en la pointant avec son crayon de bois.
- Oh malgré votre air bougon, vous savez parler aux femmes, cela fessait longtemps qu’on ne m’avait pas dit que j’étais jeune. Aucune inquiétude sur mon pelage, j’ai récemment fait ma toilette sur l’intégralité de mon corps. Déclara-t-elle avec un regard et un ton sensuel.
- Euh… Il déglutit. Ravi de l'apprendre, mais vous n’avez pas répondu à ma question, le duc m'a averti que le roi avait missionné des gens pour élucider cette affaire ? S’agit-il de vous et de vos compagnons ?
- C’est nous-mêmes ! Répondit-elle avec un grand sourire. On nous a dit a dit que vous étiez dépassé par la dimension magique de ces événements. Que le coupable était un fantôme implacable.
Le vieil homme sourit.
- Oui, effectivement j’ai beaucoup de bouteilles mais aucune expertise dans ce domaine. Mais ce n’est pas pour autant que je suis totalement dépassé. Il s’approcha d’un corps tordu en forme d’étoile. Regardez les endroits où la chair est à nu, que remarquez-vous ?
- Mmm, c’est étonnamment propre, pas d’écoulement de sang sur le sol, aucun os brisé, les tendons sont détendus comme s’ils avaient été transformés en élastiques.
- Exact, on peut en conclure sereinement que ce corps a été remodelé, reconfiguré à l’aide d’une certaine magie malsaine. Il se déplaçait vers le centre de la pièce où se trouvait la scène des têtes coupées dans des bols. Mais quand est-il de ceux-là, des coulés de sang le long du corps, le coup est marqué de liaison et la colonne vertébrale visiblement brisée en deux.
- Donc une arme a été utilisée ? S’exclama Khézia.
- Encore exact, vous êtes plus observatrice que beaucoup de mes apprenties. Et c’est donc avec un grand soin que j’ai examiné les scènes de crime et surtout ses alentours pour finir par trouver ceci sur les toits du bâtiment où avait eu lieu le second crime. Le vieil enquêteur mit des gants de cuir et sortit d’un sac fermé avec un lacet bien ficeler une dague en acier. Ce modèle est fabriqué ici dans les forges de Fière-la-Garde et envoyé sur les lignes de front.
- Oh mais en voilà un sacré indice. La femme chat se tourna vers Brand qui s’efforcer avec son nouveau fidèle compagnon de trouver quelque chose d’intéressant. Brand, viens là avec Rex, on tient quelque chose.
Ils se rapprochent en faisant attention à ne pas marcher sur un membre ou des vicaires. Le dresseur attrapa la dague en utilisant le sac pour ne pas toucher l’objet directement avec sa main et la rapprocha du nez du chien.
- Tu peux pister son odeur, mon grand ?
Rex renifla enrênement et secoua la queue énergiquement, il fit un tour sur lui-même et grogna dans une direction avant de fixer l’humain du regard.
- Il renifle une piste, mes amis suivent-le !
Ils suivirent le chien sur de nombreuses rues, empruntèrent des petits chemins, une grande avenue pavée et déboulant sur la place de l’église face à la grande cathédrale de Fière-la-Garde. Œuvre humaine centenaire qui trône au centre de la ville, pilier de son organisation.
Le groupe s’arrêta devant un puits, à l’entrée du marché qui se tenait sur la place. Le pisteur semblait déboussolé face à tout ce monde et ses odeurs. Il s’allongera et regarda Brand d’un air perdu.
- Il semblerait que notre piste s’arrête ici, maudit marché, il a sans doute recouvert l’odeur de notre cible.
- Ou peut-être qu’il est là, tout proche de nous. Fit remarquer Nah.
Il scruta minutieusement les bâtiments qui entouraient la place, des magasins et des habitations, tout un tas de possibles cachettes. Mais son regard se fixa sur la cathédrale et ses vitres lumineuses et éblouissantes.
- Peut-être qu’il se cache en pleine lumière. Vous en pensez quoi ?
- Un impie dans une église ? Ça m'étonnerait pas que cette tragique comédie soit arrivée. Rigola Khézia.
- Ça pourrait être plus logique que tu ne le penses, regarde l’écriture au-dessus du porche : Magni orbis terrarum quiescant, ut magni orbis terrarum nascantur. ». En langue commune cela se traduit par « ici reposent les grands hommes d'hier pour qu'ici naissent les grands hommes de demain ». Sous la cathédrale s’étant une crypte, plutôt une bonne cachette pour un chevalier de la mort. Expliqua le haut-elfe.
- Tu sais lire ça ? C’est quel langage ? S’étonna Brand.
- Seul quelques rares livres et les érudits qui les étudient en connaissent les arcanes. C’est une langue morte humaine d’un ancien âge.
- Pourquoi les humains ont-ils autant de langue morte ? Questionna le demi-orc.
L’enchanteur sourit et se souvint de l’époque où Nah était un enfant qui posait innocemment mille et une questions pendant ses cours auprès de lui.
- Parce qu'ils ont une courte espérance de vie, perdent régulièrement des savoirs, ne s'organisent pas à l'échelle de leur espèce. Tout un ensemble de facteurs qui fait que des populations humaines peuvent disparaître des mémoires mais subsister dans de vieux et rares livres de sages érudits.
- Quels dieux prient-ils dans ce temple ? Continua Khézia, elle aussi intriguée.
- Le dieu unique, comme dans tout le royaume. Il aurait choisi la famille du roi pour diriger ce peuple, mais je n’ai lu aucun texte validant un tel fait.
- Assez parlé de théologie, allons jeter un œil dans cette église. Lança le demi-orc
- Heureusement que Drakam n’est pas avec nous, jamais il aurait accepté de mettre les pieds dans cette cathédrale. Remarqua Edhelhand en rigolant
Les prêtres furent compréhensifs et autorisèrent le groupe à inspecter la crypte à condition d’être accompagné d’un des leurs pour prier les âmes dérangées par la présence des intrus au culte. Certains des clercs avaient même vu, lors de ferventes prières, la venue des compagnons et les supplier de débarrasser Fière-la-Garde du mal qui la rongeait.
Ils parcoururent minutieusement les longs couloirs étroits et froids de la crypte sous les psaumes du prêtre qui les accompagnait. Plus profondément, ils s'enfonçaient dans ce dédale de pierres, plus une humidité glaciale qui ne manque pas de gêner le nouveau compagnon de Brand qui se blottit contre ses jambes en couinant de malaise. Le groupe passa devant un passage écroulé qui interpela Khézia.
- Qu'est-ce qu'il y avait ici ? Demanda la femme chat en se tournant vers le prêtre.
- Une chambre funéraire. À cause du puis adjacent le sol trop meuble a fini par causer un éboulement.
Elle repensa alors que leur pistage s’était arrêté proche du puits.
- Attendez ! Edhelhand, vous n’auriez pas un enchantement pour nous permettre de libérer le passage ?
Le mage se rapprocha de l’éboulis et l’inspecta.
- Les pierres de l’arche sont toujours là, j’ai peut-être un tour dans mon sac qui pourrait nous être utile.
Il caressa les différentes pierres à sa portée et les marqua avec son mana de symboles magiques. Il s’éloigna et prononça des mots ensorcelants. Les pierres brillèrent d’une lumière d’orée et bougèrent d’elles-mêmes pour reprendre la position que l’artisan leur avait donnée initialement, et firent réapparaître le passage vers la chambre funéraire.
Ils remarquèrent alors une ouverture dans un mur au fond de la pièce, laissant passer de la lumière dans la pièce. Vigilant, il avança et commença à inspecter les lieux, le trou dans le mur donnant sur la jupe du puits de la place de l’église. Ce dernier était suffisamment grand pour laisser passer un homme, dans un coin de la pièce Nah trouva un bureau de bois. Il s’approcha et trouva les mêmes crics et schémas dessinés sur des papiers trouvés sur les chevaliers de la mort affrontés précédemment.
- On a trouvé sa cachette ! On va l’attendre ici et lui tendre un piège.
- Oh mais je suis déjà là.
Tous se retournèrent en direction de la voix sombre et caverneuse qui venait de parler et virent une ombre et des yeux froids qui menacent le pêtre d’une dague sous la gorge. Ce dernier, pris de panique, entama une prière frénétique, suppliant le dieu unique de venir le sauver. L’ombre dernière lui couvrit la voix de ce dernier avec des mots sombres et noirs.
L’enchanteur sent la pression magique dans la pièce augmenter drastiquement.
- Faites-le taire ! Il incante un sort !
Le corps du prêtre explosa et un nuage de sang emplit la pièce. Brand et Nah se précipitèrent vers leur compagnon pour les protéger, mais aucun coup ne les toucha.
Après quelques battements de seconde, le nuage de sang se dissipa, l’ombre avait disparu en emportant ses affaires impies.
- Merde ! Brand, Rex peut le pister ? Lança Nah dans la précipitation.
- Désolé, mais je crois que le pauvre bougre n’est pas en état.
Le dresseur portait le vieux cabot dans ses bras, sanglotant et transpirant de peur, les pattes couvrant ses yeux. Nah se trouva vers le haut-elfe seul à peut-être avoir une solution à la situation
- Edhelhand ?
- Son sortilège malsain n’a pas seulement brouillé notre vue mais mes sens magiques également, il a réussi à nous faire faux bond, je le crains.
- Merde ! Hurla Nah en fracassant en deux d’un coup de poing le bureau de bois.
Bredouille, les aventuriers s'étaient attablés dans une auberge après l’échec cuisant qu'ils avaient subi. Ils mangèrent en silence, réfléchissant à un autre plan. Rex, quant à lui, avait repris du poil de la bête et s’était attaqué courageusement à un os bien résolu à le briser en deux.
- Manifestement, s'il a récupéré ses schémas, c’est qu’il comptait récidiver et avait probablement déjà choisi sa cible. Partagea Edhelhand en espérant qu’un de ses amis rebondisse sur cette information.
- Mais on n'a aucun élément sous la main pour savoir où il va frapper... Rétorqua mollement Khézia, la tête affalée sur sa chope de bière.
Brand qui désosser un poisson se lécha le bout des doigts et prit la parole.
- On peut essayer de le pister de nouveaux mais ça reviendrait à avancer au petit honneur la chance, en espérant en plus que notre cible fasse l’erreur de ne pas courir ses traces.
Nah écouter d’une oreille et regarder par la fenêtre, l’esprit songeur. La nuit était tombée et on confondait maintenant la fumée des usines avec des nuages survolant la ville, la privant des lumières des étoiles.
- On en a assez fait pour aujourd’hui. Mangon, dormons puis remettons-nous en chasse.
- Espérons que la nuit nous porte conseil… Soupira le haut-elfe.
Le soleil se leva avec le bruit et la peur. Le mal avait encore frappé au cœur de la ville. Au sein même d’une garnison de garde, des prisonniers dans leurs geôles avaient subi le même funeste sort que les précédentes victimes.
Edhelhand, qui était plus matinal que les autres, s'était laissé rapporter les informations par les discussions de rue et avait réussi à conjecturer une réflexion intéressante.
Il déboula excité par sa trouvaille dans la chambre commune que Khézia avait louée avec l’argent du trésor de Cead Nua, alors que ses compagnons étaient encore en train de s’équiper.
- Je sais où se trouvera la prochaine attaque !
Surpris, ses compagnons demandèrent plus d’explications. Il sortit une carte de la ville, achetée quelques minutes plus tôt en kiosque pour confirmer sa théorie, et la déroula sur une table.
- Regardez ! Il attrapa différentes babioles qui traînaient là et les disposa sur les quatre lieux où un crime avait été commis. Si on les prend en compte dans leur ensemble, on peut rajouter un cinquième point et faire un pentagramme parfait. Il est en train de faire une incantation au niveau de la ville entière !
- Ventredieu, mais tu as raison ! S’exclama Brand. Tout pile poil sur le manoir du duc, en périphérie de la ville.
- Il a accéléré le processus depuis qu’on l'a menacée, il faut partir maintenant ! Ordonna Nah.
En marge de la ville, dans la demeure du duc du sud, un grand évènement se prépare. « Le Gala de la Croisade », organisé depuis des années réunissant de nombreux seigneurs locaux et beaucoup de nobles du pays qui supportent l’effort de guerre sur le front contre les orcs.
Nah et ses compagnons se présentent au portail, de nombreux gardes assurent la sécurité et contrôlent les invités qui entrent dans le manoir. Avec les événements récents, le duc avait doublé ses effectifs et dressé des miradors le long de sa palissade pour sécuriser l’évènement.
- Holla mesdames, annoncez-vous et montrez-moi vos invitations. Il regarda Nah. Et on dévoile son visage ! Il ne s'agirait pas de laisser passer n’importe qui.
Nah enleva sa capuche et dévoila ses défenses.
- Le roi nous envoie pour chasser la créature qui traumatisé Fière-la-Garde. Il attaquera ce soir ici.
- Regardez ce qu’on a là, les gars. Une peau verte qui veut rentrer chez notre duc. Et envoyé par le roi par-dessus le marché ! Il rigola à gorge déployée avec son confrère.
- Ce que nous disons est vrai, regardez, nous avons même une invitation. Edhelhand sortit son papier enchanté et le montra au garde.
- Invitation ou non, hors de question que je laisse rentrer ce putain de bâtard, une sale race dont même leur mère ne survie pas à l’accouchement tellement il est contre nature. Cracha le soldat en regardant droit dans les yeux le demi-orc.
Le guerrier vit rouge, il se voyait déjà décapiter le garde qui l’avait insulté et profaner son corps en le démembrant à la main. Il se rappela les exercices de contrôle qu’il avait appris avec son tuteur qui se trouvait à deux pas de lui. Ne voulant pas le décevoir, il réussit à se concentrer sur ses actes, tourna les talons et partit en direction de la forêt.
Ses compagnons le suivèrent, inquiets qu’il change d’avis et retourne massacrer le garde qui continuait de l’insulter dans son dos. Mais il tena bon et se retrouva dans la forêt non loin de la route.
- Khézia, tu as mis en place une diversion ? Demanda Clément. Nah, alors qui broie une main nue un rocher ramassé en chemin.
- Oui, tout est en place. Elle sortit une bobine sur laquelle un câble très fin était étendu en direction de l’entrée. Des fumigène qui couvriront la route, activables sur commande.
- Parfait, Brand détourne le prochain carrosse qui passe, on l’utilisera pour passer en douce.
- C’est comme si c’était fait. Annonça-t-il en se rapprochant de la route.
Le haut-elfe se rapprocha lentement du demi-orc et posa délicatement sa main sur son épaule.
- Je suis fier de ta réaction face à cette crapule.
- Et moi je te remercie de tes sages apprentissages sans qui j’aurais prouvé ce soir qu’un demi-orc ne vaut pas mieux qu’un entier.
Ils se regardèrent apaisés et reconnaissants.
- Les amis, y’en a un qui arrive, préparez-vous à vous occuper de ses occupants. Interrompu Brand qui avait aperçu une voiture engagée sur la route.
Le dresseur se mit sur le bas côté, hennit et tapa trois fois les talons. Les chevaux tirant la calèche s’arrêtent à son niveau sous l’étonnement du cocher. La femme chat bondit sur plusieurs mètres pour neutraliser ce dernier tandis que ses compagnons faisaient descendre les passagers, alors sous le choc de se faire attaquer par un demi-orc.Edhelhand usa d’un enchantement pour les assoupir le temps de quelques heures et le groupe prit position dans le véhicule.
- Vous êtes prêt ? Demanda Khézia.
- Prêt ! Répondre à ses compagnons à l’unisson.
Elle coupa le câble de sa bobine et tira fermement dessus. Plus haut sur la route, les bombes fumigène dissimulées au portail du manoir s'activent et libèrent un voile ténébreux sur l’entrée. Brand commanda aux bêtes d’avancer vite jusqu’à l’entrée et ralentir une fois caché dans la fumée. Les gardes et invités présents tousser et hurlaient des ordres impossibles à tenir dans cette débandade.
Ils traversèrent une allée de buissons taillés en forme géométrique et se garèrent sur une grande place où reposaient déjà de nombreuses voitures.
- Khézia, l’infiltration c’est ton domaine, tu diriges les opérations jusqu’à nouvel ordre. Commanda Nah.
- Edelhand, tu pourrais nous sortir un enchantement qui nous ferait passer pour des invités ?
- Oui j’ai ça sous la manche. Dit-il un peu gêné en regardant Nah qui affichait un visage désapprobateur. Mais tu sais que notre ami commun n’aime pas se traverser ?
- Il m’a dit que je dirigeais, donc je dirige. Répondit-elle sérieusement. Nous avons peu d’options et celle-là est la meilleure.
- Alors allons-y, il faudra au plus possible éviter les interactions pour briser l’illusion. Repris l’enchanteur.
- Et Rex ? Tu peux l’enchanter aussi ? Il peut toujours flairer notre cible si on la croise. Interrompra le dresseur.
Le haut-elfe regarda le vieux chien, le pelage sale et l’air naïf.
- Je peux lui faire un petit tour pour lui aussi.
Edhelhand concentra son mana dans sa gorge et projeta sa voix dans le véhicule, il infusa les habits et les corps d’enchantement illusoire modifiant la perception pour les faire passer pour de nobles hommes en tenue de soirée. Une fois le sortilège accompli, l’ancienne voleuse reprit l’explication de son plan.
- Bien maintenant faufilons-nous parmi les invités et fouillons le manoir, toutes les dix minutes on se réunit au buffet pour faire un point sur la situation.
Le groupe se sépare à la recherche du malin. Salle de danse, buffet digne du roi, musicien renommé, artiste reconnue, toute la haute du pays était réunie entre ses murs. Mais hors de question pour les invités de faire preuve de débauche, c’était un gala de charité, pour eux l’occasion de faire bonne figure avec leur supérieur et homologue.
Dix minutes passaient et une première réunion se fit devant le porc farci aux truffes mijotant dans un bassin de miel.
- J’ai fouillé les cuisines, tout semble en ordre. Commença le haut-elfe qui n’arriva pas à se retenir de ce désir d’une pâte fruit enrober dans du chocolat.
- Avec Rex, on est passé dans toutes les chambres, il n’a rien senti. Continua le dresseur.
- Wouf ! Ajouta le chien, attrapant du bout de la langue une saucisse feuilletée.
- Rien dans le jardin. Confia Nah.
- Et rien également dans les salles dansante, j’ai entendu dire qu’ils allaient bientôt se produire un spectacle particulier dans la salle de réception en face de nous. Peut-être ce sera une occasion pour lui de frapper. Nah, tu t'occuperas de rentrer en premier pour bien saisir la pièce. Quant à nous, continuons de vagabonder et d'être vigilants.
Ils se séparèrent à nouveau avec chacun le même objectif, dénicher le mal caché dans cette demeure et l’éliminer.
Un major d’homme prit place dans la pièce du buffet et sonna une cloche pour réduire la salle au silence et fit une annonce.
- Mesdames et Messieurs, la salle de réception est ouverte pour le spectacle de ce soir. Puissent ces instants vous émouvoir et vous inciter à participer activement à la noble lutte contre les orcs, menace constante pour notre royaume et notre avenir.
Les portes sourire et dévoilent une grande salle avec une scène et un rideau carmin. Nah en première position entra et une fouille suivit derrière lui. Mais après quelques pas, il discerna mieux la scène et ce qui se trouvait dessus, une cage de fer renforcée abritant une créature immonde de quatre mètres. Entièrement nue, dévoilant un corps musclé et fort, cadrée par l'ombre des barreaux de la prison. La créature inconsciente était couverte de blessures et de bleu qui tintée sa peau verte comme une constellation.
Nah se figea, il n’avait alors jamais vu un orc, un vrai, en chair et en os. Comment des personnes avaient pu le confondre avec cette créature bestiale, ses mains étaient si grandes qu'il pouvait aisément aplatir un homme. La force de cette horreur devait aisément dépasser dix hommes.
Perplexe, le demi-orc ne remarqua pas qu’il encombrait le passage. Les inviter de plus en plus nombreux et les intriguer, se bousculer pour aller admirer la bête. Chaque invité qui bousculait le guerrier amocher l’illusion qui le faisait passer pour un humain. Très vite, elle se brisa et dévoila sa véritable identité au monde qui l'entourait.
Un cri de femme glaça la salle et tourna tous les regards vers Nah.
- A l’aide ! Gardes !
Nah revient à lui et vit des gardes débouler et l’encercler en un rien de temps. Il eut à peine le temps de s’armer avant que sa sentence tombe.
- Abattez-le !
Il réagit vite et combattit avec hardeur, mais la supériorité numérique de ses ennemis et leur positionnement le condamnèrent à la défaite. Heureusement pour lui, ses compagnons lui vinrent en aide et ouvrirent un passage pour se repositionner sur les hauteurs de la scène. Ah coup de dague, d’enchantement de bâton ferré et de morsure, les cinq compagnons se retrouvèrent réunis pour faire face au garde.
- Désolé, je n’ai pas su réagir. Déplora le guerrier.
- Plus tard ! Tâchons de nous en sortir en vie ! Invectiva le haut-elfe.
Les issues étaient déjà couvertes par les soldats, le combat était inévitable. Un contingent d’hommes armés de mousquets se positionna en face de la scène et mit en joue les tristes acteurs présents sur la scène.
- Ah couvert derrière l’orc ! Lança Nah.
- Feu ! Ordonna le capitaine du contingent
Il plonge à l’abri derrière le corps solide qui les protégea. Pas complètement car Brand, qui avait pris du retard en attrapant Rex, avait reçu un projectile dans le genou.
Une seconde salve ce préparer alors que le dresseur appliquer les premier soin pour ne pas ce vidée de son sang.
- Feu !
Les muscles et la chair de l’orc étaient suffisamment solides pour empêcher les balles de le traverser, mais le reste des solda profitait de cette ouverture pour se rapprocher et gagner du terrain.
- Khézia, il te reste un fumigène ? Pour me couvrir le temps que je lance un sort. Questionna précédemment le haut-elfe.
- Oui ! Quel sort pourrait nous sortir de cette merde ? Cria la femme chat en dégoupillant son engin.
- Un transfert de conscience. Répondit l’enchanteur.
La grenade s’activa et créa un voile de fumée sur la scène. Les gardes s'arrêtèrent dans leur mouvement et attendirent un nouveau commandement.
- En joue ! Attendre mon commandement ! Cria le capitaine qui préférait attendre que l’écran de fumée se dissipe avant de reprendre leur avancée.
Des lumières brillantes percèrent la brume, suivies de bruits métalliques stridents semblables à des hurlements de fer.
- Attendez mon commandement ! Réafirama le capitaine, pour tenir ses troupes.
Une masse immense sortit en bondissant de la brume et écrasa sous son poids les mousquets, leurs entrailles se déversait dans une germe de sang propulsée sur plusieurs mètres.
L’orc était au centre de la salle, manipulé par l’esprit de Nah que Edhelhand avait transféré dans ce corps. Il se sentait infiniment puissant et redécouvre le monde sous un autre œil. D’un coup de pied, il faucha trois soldats qui volontaire pour s’encastrer dans un mur plus loin.
Il massacrait tout ce qui était à sa portée, démembrer des corps avec une telle facilité en devenait jouissif. Très vite les soldats virent à manquer et ils se retrouvèrent seuls dans la pièce. À point nommé car le haut-elfe qui avait dû rester concentré pour maintenir son sort arrivé à l’épuisement et relâcha son effort.
Le corps du géant destructeur s’écroula en silence. Et le Nah revint amèrement dans son corps qui lui paraissait tellement limité maintenant.
- Bordel de merde, comment en est-on arrivé là ? Plaigna Brand allongé sur le sol, caressant Rex pour le rassurer.
- Et vos malheurs sont loin d’être terminés
Une ombre qui était alors restée silencieuse pendant le massacre sauta d’un coin du plafond dans lequel il était caché. Nah descendit de la scène pour lui faire face.
- Ah ton tour d’être demander, jamais tu n'auras le temps d’accomplir ton rituel.
- Regarde autour de toi, le rituel est déjà accompli. Tu m’as offert le plus beau massacre que j’eus espéré.
La terre se mit à trembler. Une secousse projeta tout le monde à terre, le sol commença lentement à se soulever en effectuant une lente rotation. Alors que Nah cherchait l’ombre du regard, elle avait disparu, comme envolée. Les secousses s’intensifièrent et le manoir commença à céder, des fissures tapissent les murs et le plancher commença à craquer.
- Il faut partir d’ici ! Lança Nah. Vers le nord à l'opposé de l’épicentre !
Rex commença à tirer la manche du dresseur pour le remettre sur ses jambes. Khézia vient soutenir le haut-elfe affaibli par le puissant sortilège lancé plus tôt. Le toit commença à céder, des poutres et des pierres vinrent se briser à quelques mètres d’eux. Nah chargea une fenêtre pour briser les barreaux de fer fixés à cette dernière et ouvrit un passage à ses compagnons qui tardèrent à suivre.
Un puissant tremblement fit chuter Brand, la terre semblait se briser sous leur pied. Alors qu’il essayait de se ressaisir et repartir dans sa fuite désespérée, une colonne de pierre soutenant la toiture du manoir vacilla entama sa chute fatale sur le dresseur. Rex poussa de toutes ses forces son maître hors du danger avant de disparaître broyé sous la colonne de pierre.
- Non ! Cria Brand désespérée de voir son fidèle compagnon disparaître.
Il se figea, incapable de réagir, voué à subir une situation similaire s'il ne quitte pas le lieu le plus vite possible. Nah, qui était venu l’aider, le souleva sur ses épaules et courut en direction de l’extérieur que Khézia et Edhelhand venaient d’atteindre.
Mais trop tard, la fenêtre s’écroula sur elle-même, clôturant ainsi leur porte de sortie. Bien lancé dans sa course, le demi-orc tenta le tout pour le tout et prit le pari qu’il pourrait passer au travers et accéléra.
Tête la première, il fracassa les décombres, laissant un trou béant rappelant sa corpulence.
- Regardez l’océan, il bouge de place. S’étonna Khézia en le pointant du doigt au loin.
- Tu n'as pas le bon référentiel, regarde les montagnes au loin, c’est nous qui bougons ! Corrigea le haut-elfe.
- Et on prend de la hauteur, partant vite avant que ce soit impossible. Lança Nah portant toujours Brand sur les épaules.
Ils cavalèrent sur le domaine pour atteindre la bordure du plateau sur lequel ils se trouvent. Une dizaine de mètres les sépare déjà du niveau naturel de cette terre et l’écart continue de se creuser.
Nah regarda Khézia.
- Tu t'occupes d’Edehland et moi de Brand ?
- Ça me va. Répondit-elle assurée.
Le demi-orc qui avait repéré un arbre au sol sauta dans sa direction et freinât sa chute en traversant douloureusement les branches avant de heurter violemment le sol en protégeant son compagnon sur ses épaules.
L’ancienne voleuse avait un tour dans ton sac pour se sortir de cette situation. Elle sortit sa bobine de câble et le posa sur un rocher suffisamment lourd pour supporter leur poids. Elle captura l’enchanteur par l'anche et sauta dans le vide en tournant le dos à ce dernier.
- Plie les jambes ! Cria-t-elle à son compagnon.
Avant de s’aplatir sur le sol, Khézia serra du plus fort possible le câble qui les déporta contre le mur du plateau. Le choc ne fut pas non plus totalement atténué et les os des jambes des deux compagnons craquèrent pendant la confrontation avec le mur.
Ils couraient sans se retourner, le souffle rauque, le cœur battant à tout rompre. Derrière eux, Fière-la-Garde mourait dans un chaos titanesque. La ville tout entière s’élevait dans un craquement monstrueux, soulevée par une force invisible. Une brume d’un blanc immaculé se déversait sur les hauteurs du plateau comme une marée spectrale, engloutissant rues, usines et cathédrales dans un silence terrifiant. Quand ils s’arrêtèrent enfin, à bout de forces, ils comprirent que rien ne serait plus jamais comme avant.
Une ère de malheur venait de commencer.
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