Cead Nua
Chapitre n°14 : Des jambes arquées
Publié le : 2026-11-07
Khézia faisait les cent pas dans son bureau, balançant frénétiquement sa queue ébouriffée de droite à gauche. À bout de nerfs, elle finit par bondir sur l'un de ses nombreux fauteuils en cuir pour tenter de se détendre en y faisant ses griffes.
Trois coups de talon, espacés et lointains, suivis d'une légère mélodie de quatre notes, retentirent une nouvelle fois.
La trésorière arracha un morceau de l'accoudoir.
- Trop, c'est trop ! Le petit malin qui s'amuse à me tourmenter va passer un très mauvais quart d'heure !
Depuis plusieurs mois, elle entendait cette étrange mélodie à intervalles réguliers. Les premières semaines, ces sons à la sonorité parfaite et presque innocente l'avaient amusée. Mais cette curiosité avait rapidement laissé place à une irritation profonde. À présent, elle ne supportait plus ce tintement obsédant qui venait régulièrement troubler sa tranquillité.
Elle avait enquêté pour découvrir l'origine de ce phénomène, mais n'avait trouvé aucun coupable. Personne, dans le bourg, ne semblait avoir entendu ces sons. Seule son ouïe particulièrement développée paraissait capable d'en subir le harcèlement.
Ce n'était pas Marwen. Elle avait entendu la mélodie alors que celui-ci était absent pour une expédition champêtre.
Edhelhand, peut-être ? Le haut elfe aimait jouer de la flûte à Bêhque. Mais non plus. Le son s'était manifesté alors qu'il explorait un plan astral pendant plusieurs jours.
Alors qui ?
Cette question obsédait Khézia. Elle allait obtenir une réponse, quitte à se jeter du haut du donjon pour mettre définitivement fin à ce supplice.
Elle se leva et dressa un véritable tableau d'enquête. Elle y rassembla tous les éléments dont elle disposait : les différents lieux et horaires auxquels elle avait entendu la mélodie, les personnes déjà écartées de la liste des suspects et les caractéristiques précises de ce fameux son.
Plusieurs conclusions s'imposèrent.
Le coupable ne faisait vraisemblablement pas partie de ses connaissances proches. Trop de personnes avaient déjà été écartées. Elle ne connaissait d'ailleurs personne portant des chaussures à talons. Cead Nua comptait bien quelques cordonniers de talent, mais aucune boutique ne proposait de mocassins ou de chaussures féminines susceptibles de produire un tel bruit.
Rien de particulièrement concluant pour le moment.
En revanche, la triangulation des lieux où elle avait entendu la mélodie révéla quelque chose d'intéressant. Jamais elle n’avait entendu ce son en dehors du château.
Encore plus intéressant, c’est ici dans son bureau, le parapet sud et la bibliothèque juste à l’étage au-dessus d’elle que le son était le plus audible. Donc proche !
Un point commun reliait ces trois lieux, l'escalier en colimaçon. Il ne lui restait plus qu'à s'y rendre et à l'inspecter pierre par pierre.
Ni une ni deux, elle quitta sa tanière et s'engagea d'un pas déterminé dans les couloirs de la forteresse.
À première vue, rien ne semblait anormal. Elle entreprit donc de gravir les marches une à une, marquant une pause sur chacune d'elles pour examiner attentivement son environnement.
C'est alors qu'une odeur vint titiller son odorat, de la soupe à l'ail.
Cela aurait pu paraître insignifiant, si un plat de ce genre n'avait pas été servi la veille, tandis qu'un tout autre repas figurait aujourd'hui au menu. Les arômes confirmaient pourtant la présence du même potage. Une légère note de fleurs de pissenlit se distinguait encore parmi les effluves.
Quelque chose clochait.
L'odeur était particulièrement prononcée, signe que le plat avait probablement été réchauffé. Or, à sa connaissance, seules les cuisines et la salle du trône disposaient de crémaillères. Cela excluait donc les habitants du château qui auraient simplement conservé leur repas de la veille et l’aurait mangé alors froid.
Une servante, alors ?
Peu probable. Leurs appartements se trouvaient à proximité des cuisines, à l'opposé de l'endroit où elle se tenait.
Le casse-tête que représentait cette enquête ne cessait de gagner en complexité. Mais une chose était certaine : elle se trouvait dans un endroit stratégique et devait poursuivre son inspection.
Après plusieurs minutes à remonter l'escalier, Khézia découvrit un détail intéressant à mi-hauteur, juste avant d'atteindre l'étage de la bibliothèque.
Sur une portion d'environ trente pouces sur dix, le ciment qui maintenait les pierres du mur présentait une différence de couleur flagrante. Le mortier semblait bien plus récent que le reste de la maçonnerie.
Khézia savait que la forteresse avait connu de nombreuses réparations au cours de son histoire, mais les dernières remontaient déjà à plusieurs années. Ce ciment, en revanche, n'avait que quelques mois tout au plus.
Elle tâta minutieusement les pierres de part et d'autre de la zone suspecte. Certaines semblaient mal intégrées à la structure et pouvaient être déplacées en forçant légèrement.
Avec précaution, elle entreprit de les retirer une à une.
Derrière la maçonnerie se dévoila un passage étroit, dissimulé dans les combles de l'étage.
Heureusement, sa petite taille lui permit de s'y faufiler sans trop de difficulté. Elle dut néanmoins ramper sur plusieurs mètres pour poursuivre son inspection.
Cette découverte lui rappela les récits terrifiants des explorateurs du mont Gruillère, qui décrivaient d'interminables boyaux dans lesquels ils devaient progresser pendant des heures, au risque de finir par manquer d'air.
Elle observa les parois qui l'entouraient. La chaux et la paille servant à isoler les combles avaient été creusées et repoussées sur les côtés afin de ménager ce passage clandestin.
Il ne lui restait plus qu'à découvrir où il menait. La trésorière de Cead Nua était désormais certaine de toucher au but. L'odeur de soupe à l'ail lui emplissait les narines.
Au détour d'un couloir, elle découvrit un spectacle pour le moins inattendu.
Un véritable petit salon avait été aménagé dans une vaste cavité des combles, juste au-dessus du bureau de la trésorière. Tout y était minuscule.
Au fond de la pièce, un assemblage de chiffons, de paille et de plumes formait un lit à peine plus grand qu'un avant-bras. Un tabouret faisait office de table, sur lequel reposaient une petite cuillère et une soucoupe. Près du mur de pièrre, quelques braises entretenaient une douce chaleur sous un bol de faïence. Dans laquelle le fameux potage se réchauffe.
Khézia s'agenouilla pour mieux observer les lieux. Même ainsi, elle devait courber le dos pour tenir dans cet espace.
Elle inspecta plusieurs urnes et petites caissettes en bois contenant différentes provisions et fournitures.
Mais ce qui attira le plus son attention fut le véritable trésor amassé au centre de la pièce.
Des bouchons de liège, des mouchoirs de soie, des boutons de manchette, quelques bagues et même des couverts en argent. Une collection hétéroclite de babioles, soigneusement disposées comme les plus précieuses reliques d'un royaume miniature.
Une fumée blanche apparut soudainement au milieu de la pièce, une silhouette étrange en émergea.
Un gnome aux jambes arquées surgit du nuage et sursauta en découvrant l'immense femme-chat qui venait d'envahir son domicile.
D'une voix particulièrement agaçante, il manifesta aussitôt son mécontentement.
- Mais qu'est-ce que tu fais là ? C'est pas chez toi, gros matou ! Ouste ! Ou je te botte le popotin !
- Eh ! Je suis pas un simple chat ! Et je suis pas grosse non plus !
Khézia protesta, vexée aussi bien d'avoir été prise pour un animal domestique que de la remarque sur son poids par une créature haute comme trois pommes.
- Si tu veux pas partir, je vais te chasser moi-même ! Menaça le gnome.
Il frappa trois fois ses talons contre le sol et disparut dans un petit claquement, laissant derrière lui la fameuse mélodie.
- Tiens, prends ça !
Khézia sentit un coup de pied lui heurter mollement les fesses.
- Non mais oh ! Ça va pas ?!
Gronda-t-elle en se retournant. Mais trop tard, la petite créature avait déjà de nouveau disparu.
- Et ça !
- AÏE !
Une vive douleur lui traversa l'arrière-train. En tournant la tête, elle découvrit une aiguille à coudre plantée dans son postérieur.
- T'es complètement malade !
- Et t'es pas au bout de tes peines, ma grosse ! Se moqua-t-il en frappant une nouvelle fois des talons.
Khézia pivota sur ses appuis avec une agilité surprenante. Cette fois, elle anticipa la réapparition du gnome et referma sa main sur lui avant qu'il ne puisse s'échapper.
- Je suis pas grosse ! Mon pelage s'est épaissi avec la chute des températures !
- Gniii ! Relâche-moi ! Je suis pas comestible et j'ai mauvais goût !
- Arrête d'être stupide ! Je suis pas là pour te manger. Même affamée depuis trois semaines, je ne te mangerais pas !
- C'est vrai ? Mais alors pourquoi tu viens chez moi ?
- Déjà, ce n'est pas chez toi, mais chez Nah, le seigneur de ce château et de toutes les terres alentour sur des lieues et des lieues. Ensuite, je cherche simplement la source de ces horribles bruits qui me tourmentent depuis des mois. Et je l'ai enfin entre mes doigts.
- Horribles bruits ?! Ma Rhilandaise est parfaitement exécutée ! Pas un gnome ne peut s'en prétendre plus fier que moi !
- Peut-être, mais j'ai pas la même abnégation que toi et mes oreilles sifflent dès que je l'entends. Alors, mets-la en veilleuse !
- Jamais ! Autant demander à un nain de se couper la barbe !
- Mets-la en veilleuse ou je te dévore. Menaça-t-elle en ouvrant grand la bouche.
Le gnome hésita. Khézia approcha lentement sa tête de la petite créature, ouvrant sa gueule juste assez pour lui laisser entrevoir ses crocs.
- Gnoooon ! Arrête ! Je veux pas être croqué ! Je jure de faire moins de bruit ! Suffisamment pour que tu n'entendes plus rien !
- Parfait, parfait. Je te lâche.
Elle reposa le gnome, encore tremblant, sur le sol.
- Par contre, il faut faire quelque chose pour ces talons.
Khézia observa ses chaussures, puis les alentours. Elle se saisit de quelques morceaux de laine et de lacets afin d'envelopper les talons des mocassins du danseur de Rhilandaise.
- Voilà pour toi. Je demanderai au cordonnier de t'en faire une paire sur mesure. En attendant, tu gardes ces chaussures.
- Oui, madame. Répondit-il tristement.
Il tapa timidement des talons, à son plus grand dam aucun son ne se produisit.
- Et encore une chose.
- Quoi donc ?
- Tu peux pas rester ici sans être accepté par les tauliers.
- Mais j'ai plus nulle part où aller ! Se plaignit-il. Il fait froid partout et tous les grands gens sont venus vivre ici. Je suis pas le seul à squatter le château ! Y a une fée dans le jardin et des gratte-croûte dans les sous-sols ! Et je parle même pas de tout ce qui pullule dans les maisonnettes ! On est tous arrivés ici depuis que les villes se sont dépeuplées.
Khézia hocha lentement la tête.
- Et surtout depuis que les morts ne sont plus vraiment morts…
- Boh, ça, c'est pas grave. Ils se fichent de nous ! Par contre, s'il n'y a plus rien à chiper dans les maisons et les greniers, nous, les pique-assiettes, on n'a plus de quoi vivre !
- Je comprends. Mais ne t'inquiète pas, tout ce petit monde m'intéresse. Et j'ai une idée pour que toi et tes amis puissiez payer mon silence et votre autorisation à rester ici. Enfin, tant que vous ne piquez que des quantités raisonnables.
- C'est notre mot d'ordre ! « Chiper uniquement ce qui ne manquera à personne, pour que personne ne veuille nous chiper ! »
Il récita sa devise avec un enthousiasme retrouvé.
- Parfait. Je veux qu'à chaque fois que vous allez chaparder quelque chose, vous tendiez l'oreille sur ce qui se dit aux alentours. Sur ce qui se passe. Puis, chaque semaine, vous viendrez me laisser une petite note sur ce que vous aurez pu constater.
Le gnome ne réfléchit pas longtemps. L'offre lui semblait particulièrement alléchante. Il prit néanmoins soin de faire mine de réfléchir afin de ne pas paraître trop pressé d'accepter.
Khézia comprit immédiatement son petit manège. La créature n'était décidément pas très douée pour dissimuler ses intentions.
- Top là ! Ça marche pour moi !
- Parfait. Et accessoirement, tu as déjà chapardé quelque chose dans les bureaux de la guilde de Drâkham ? Le bâtiment à l'architecture d'elfes noirs, avec ses nombreuses voûtes et ses sculptures murales ?
- Ouip ! Je suis passé dans le bureau de l'elfe au méchant regard.
La trésorière fut agréablement surprise.
- Qu'as-tu trouvé là-bas ?
- Rien qui n'avait pas de valeur, malheureusement… Répondit-il avec déception.
- Mais qu'as-tu vu ? À quoi ressemblait la pièce ?
Khézia s'était brusquement redressée. Elle était désormais tout ouïe.
Le gnome farfouilla dans ses souvenirs, s'efforçant de satisfaire sa nouvelle patronne.
- Il y avait quelque chose que j'avais hésité à chaparder. Un gobelet rempli de petits drapeaux, pas plus grands qu'un gland.
- Quoi ?
- Mais laisse-moi finir ! J'ai pas voulu en prendre un parce que, juste à côté, il y avait une carte de la ville accrochée au mur.
Il mima la disposition de la pièce avec ses petites mains.
- La carte était divisée en différents quartiers et bâtiments importants. La guilde, le château, les écuries, par exemple. Et sur certains endroits, il y avait un drapeau planté.
Il marqua une pause, satisfait de son explication.
- Après vérification, il y avait exactement autant de drapeaux que de segments sur la carte. Alors il aurait forcément remarqué s'il en avait manqué un, non ?
Khézia n'aimait pas ce qu'elle entendait.
Elle connaissait l'ambition de Drâkham, son goût pour le pouvoir et sa nature possessive. Mais jamais elle n'aurait imaginé que ses ambitions puissent s'étendre à l'ensemble des terres de Cead Nua.
Cette carte n'était peut-être qu'un outil de travail, mais les petits drapeaux…
Elle connaissait suffisamment l'elfe noir pour savoir qu'il ne s'agissait probablement pas d'un simple jeu de décoration. Il fallait qu'elle avertisse Nah.
La pluie tombait lourdement sur le crâne de Nah.
Comme à leur habitude, ses compagnons étaient en retard au rendez-vous et le demi-orc commençait à perdre patience.
Il n'était d'ailleurs pas le seul à s'impatienter. Les trois chevaux qu'il tenait par les rênes piétinaient d'ennui, contraints de rester immobiles sous cette pluie glaciale qui semblait vouloir leur geler les os.
Nah finit par se décider à chercher un abri, tant pis pour ses compagnons. Ils n'auraient qu'à le chercher un peu avant de le retrouver.
Une occasion se présenta rapidement. Une allée commerçante avait installé toute une rangée d'auvents en bois afin de protéger les vitrines et les clients des intempéries. L'espace était suffisamment large pour accueillir les chevaux.
Le demi-orc s'y engouffra avec ses bêtes.
Pour couronner le tout, un brasero avait été installé à proximité. Une aubaine pour le guerrier, qui pourrait ainsi réchauffer ses montures avant le long voyage qui les attendait.
Il s'en approcha et remarqua avec surprise l'étrangeté de l'installation.
Une flamme brûlait sans le moindre combustible. Elle arborait cette même teinte orangée que celles maîtrisées par Eonar.
Une douce chaleur se répandait autour du brasero, réchauffant les corps de ceux qui s'en approchaient. Nah, qui commençait à apprécier ce confort inattendu, fut tiré de ses pensées par le tintement de la clochette d'une boutique voisine.
Son gérant venait de sortir et s'approchait du feu.
- Bonjour, mon seigneur ! S'exclama-t-il en tendant ses paumes vers le brasero. Il fait presque plus chaud ici que dans ma boutique ! C'est assez impressionnant, ce que le nouveau père a installé.
- Je commence à m'en douter. Répondit Nah.
Il observa plus attentivement l'installation et reconnut le symbole du nouveau dogme qu'il avait lui-même poussé à mettre en place. La lame du Dieu Unique, héritée de l'ancienne religion, était désormais entourée de flammes.
- Il en a installé dans toute la ville, faubourgs compris, poursuivit le commerçant. Et il vient les allumer chaque matin, quand les cloches se mettent à sonner.
Un deuxième marchand sortit d'une boutique voisine, desserrant son tablier et soufflant de fatigue. Il rejoignit les trois hommes qui se réchauffaient devant le feu.
- Ça va ? T'as l'air crevé ? Demanda le premier commerçant.
- C'est parce que je le suis. J'enchaîne les bottes pour la caserne de la Nouvelle Aube. Je me prends juste une petite pause.
- Ah, c'est sûr que cette chaleur nous remet d'aplomb pour retourner au boulot.
Nah écoutait leur conversation sans intervenir. Des bruits de bottes pressées dans les flaques d'eau et la gadoue se firent bientôt entendre dans sa direction.
Drâkham et Khézia arrivaient enfin, en retard.
- Désolé, Nah. Avec toutes les préparations pour la guerre à mettre en place, c'est difficile de respecter des horaires précis. Dit l'elfe noir, encore essoufflé.
- Et moi, j'ai vécu des mésaventures bien trop longues à expliquer. Ajouta la femme-chat sans même prendre la peine de s'excuser.
- Qu'importe. C'est pas les nains qui vont se plaindre d'un retard. Mettons-nous en route.
Ils mirent le pied à l'étrier et commencèrent leur voyage sans plus attendre.
En traversant les faubourgs, le demi-orc constata que l'ordre était revenu dans les rues. Pas un badaud ne traînait dehors, pas une installation non autorisée ne venait encombrer les passages. L'ordre, il aimait ça.
Une fois les dernières habitations dépassées, ils traversèrent les champs et les pâturages. Malgré la pluie, les paysans continuaient de travailler pour nourrir Cead Nua. Leur abnégation remplit Nah de fierté. Ses sujets ne baissaient pas les bras, même lorsque le ciel lui-même semblait s'acharner contre eux.
Ils finirent par atteindre la caserne de la Nouvelle Aube.
Des dizaines et des dizaines de baraquements en bois et d'entrepôts avaient été érigés. Tous étaient alignés selon un plan rigoureux, identiques les uns aux autres afin d'optimiser l'espace et les déplacements entre les différents bâtiments.
Sur un vaste terrain dégagé, des installations d'entraînement avaient également été aménagées. Malgré la pluie, de nouvelles recrues s'y exerçaient déjà.
Nah attacha son destrier devant le bâtiment de commandement et entra pour rejoindre le directeur de la caserne.
- Ah, Nah ! Je ne cessais de vous attendre !
- Nous sommes deux, Adelas. Briefe-moi au plus vite pour que je puisse reprendre ma route.
Le directeur était un vieil homme, vétéran de l'armée de l'ancien royaume qui avait précédé Cead Nua. Comme beaucoup d'autres, il avait trouvé refuge dans la forteresse avant de mettre son expérience au service de la nouvelle armée de Nah.
Fort de ses longues années de service, il avait d'abord été chargé de superviser la rédaction d'un manuel de guerre destiné à préparer les troupes à affronter l'adversaire qui se dressait devant elles.
Après de longues journées de travail, de consultations et de recherches, il avait contribué à définir les formations et les techniques les plus efficaces. Il avait également participé à la conception de l'équipement du soldat, en tenant compte de ce que Cead Nua pouvait produire ou se permettre d'acheter.
Adelas avait ensuite pris la direction de la caserne de la Nouvelle Aube, accompagné de nombreux capitaines, soldats et gardes qui avaient, tout comme lui, trouvé refuge dans la forteresse.
- Les hommes ont accepté leur sort et s'entraînent plus ou moins volontairement. Expliqua-t-il.
- Plus ou moins ?
- Pour certains, l'autorité militaire est difficile à accepter. Pour d'autres, la remise en état physique à des fins militaires est plus complexe. Mais le processus suit son cours.
- Bien. Dans deux mois, sur quelle quantité de soldats pourrai-je compter ?
Adelas consulta ses notes.
- À ce rythme, vous aurez quatorze divisions de trente soldats. Avec, parmi eux, cent vingt frondeurs, deux cents fantassins, trente médecins de guerre et soixante-dix éclaireurs.
Nah réfléchit un instant.
- Et le matériel ?
- Tous seront équipés comme prévu, avec un stock de nourriture couvrant deux semaines.
- Parfait. Tu me rassures. Continue de faire en sorte que tout se passe bien. Il faut que, dans deux mois, les hommes soient prêts.
- Ce sera fait, mon seigneur.
- Sur ce, je te laisse.
Nah ressortit du bâtiment et récupéra son destrier ainsi que ses compagnons. Mais il ne repartit pas immédiatement et voulut faire le tour de la caserne.
La pluie venait de cesser et le campement avait retrouvé une activité plus intense.
Des soldats s'exerçaient à briser de fines branches avec leurs frondes. D'autres couraient sur de longues distances, s'efforçant de maintenir leur vitesse tout en conservant une parfaite cohésion de groupe.
Adelas ne lui avait pas menti, les hommes seraient prêts à se battre. Rassuré par ce qu'il venait de voir, Nah remonta en selle et reprit la route avec ses compagnons en direction du royaume des nains.
Il leur restait encore à négocier le matériel nécessaire à la guerre qui approchait.
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